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Traditions numismatiques autour du mariage

Numismatique et mariage sont liés par tradition depuis le Moyen-Age. Il s’agissait à l’origine d’offrir à sa future quelques pièces d’or ou argent. Ces offrandes ont ensuite pris la forme de « deniers à épouser ». Puis vinrent des jetons frappés aux portraits ou aux armes des deux époux et enfin, au XIXème siècle, des médailles célébrant le mariage chrétien, qui pouvaient être personnalisées par une gravure manuelle.

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Jeton médiéval : VIVE AMANT VIVE AMOURS

Jeton médiéval : VIVE AMANT VIVE AMOURS

La source la plus synthétique sur le sujet est de Fontenay (cf. infra : bibliographie):

« L’usage des deniers matrimoniaux (arrha nuptialis) se trouve chez les Francs. Frédégaire rapporte au chapitre X, que les ambassadeurs envoyés à Gondebaud, roi des Bourguignons, dans le but d’obtenir la main de sa fille Clotilde pour leur roi Clovis, contractèrent une sorte de mariage par procuration en remettant un sou et un denier, selon l’usage des Francs.

Denier à épouser : QUOD DEUS CONIUXIT / HOMO NON SEPARET (ce que Dieu a uni, l'home ne peut le défaire)

Denier à épouser : QUOD DEUS CONIUXIT / HOMO NON SEPARET (ce que Dieu a uni, l'homme ne peut le défaire)

Le titre de la loi salique fixait trois sous et un denier pour ceux qui épousaient des veuves.

Les anciens rituels nous font connaître l’emploi des deniers de mariage. Tantôt c’était un certain nombre de pièces de monnaie courante, tantôt des pièces de fantaisie frappées exprès. D’autres fois, comme on le voit encore aujourd’hui [en 1854], on les remplaçait par une médaille commémorative.

Bientôt on eut l’idée, en cette occasion, de distribuer des jetons à ses amis et d’en répandre dans la foule. Avant d’en citer quelques exemples, on nous permettra de dire quel rôle les « arrhes » jouaient dans la cérémonie religieuse du mariage, et quel sens ils avaient.

Le prêtre, après avoir fait aux fiancés les questions d’usage, et donné à l’époux l’anneau nuptial qu’il passait au doigt de sa femme, lui remettait treize deniers que celui-ci déposait dans la main de son épouse, en disant : « de mes biens je vous doue [dote] ». […]

On connaît des petites pièces d’argent minces, sans revers, frappées par les abbés de St Martial (Limoges). Elles étaient distribuées au premier jour de l’an à tous les habitants du monastère de l’abbaye. Tantôt on y voit les armoiries de la ville de Limoges, à la bande d’azur semée de trois fleurs-de-lis d’or, et au chef barbu de son saint patron, avec les deux initiales de formes gothiques, sans légendes.

Les dernières ont été adoptées plus tard pour les treizains de mariage ; on en insérait treize dans la petite capsule d’argent ou de vermeil que le mari donnait à l’épouse après qu’elle avait été bénite par le prêtre consécrateur de l’union.[…]

Noces de Louis XIV et Marie-Thérèse à Saint Jean de Luz : une pluie d'or tombe sur la ville. NON LAETIOR ALTER (on ne saurait être plus heureux)

Noces de Louis XIV et Marie-Thérèse à Saint Jean de Luz : une pluie d'or tombe sur la ville. NON LAETIOR ALTER (on ne saurait être plus heureux)

On trouve de nombreux exemples de profusion [distribution de jetons à la foule] lorsqu’il s’agit de mariages royaux. Lorsqu’Henri IV épousa Marie de Médicis, fille deFrançois de Toscane, on sema en quelque sorte un jeton de faible module où les augustes époux sont représentés se donnant la main.

Les grandes familles suivaient parfois cet exemple, mais avec moins de largesse.[…] Les nouveaux annoblis par les charges saisissaient avec empressement l’occasion des noces pour produire leur blason à coté de celui de leur femme. […] »

A côté des deniers, médailles ou jetons célébrant les noces proprement dites, on trouve de charmants jetons « de galanterie » ou « d’amour ». Ils servaient au prétendant à déclarer sa passion. Leur iconographie fait largement appel aux amours ailés, cœurs enflammés… Cependant de Fontenay indique très prosaïquement qu’ils étaient frappés par les marchands étrangers, gênés par l’interdiction de 1672 d’exporter en France leur marchandise. Ils avaient trouvés là un sujet populaire que ne produisait pas les ateliers français et qu’ils introduisaient en fraude. Leur fabrication est soignée mais il est vrai que l’orthographe des légendes est souvent approximative !

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Bibliographie :

« Manuel de l’amateur de jetons » de FONTENAY, Paris 1854

« La numismatique du mariage » Henri TERISSE, auteur-éditeur 2008

Jeton "d'amour" JE NE PUIS BRULER ET ME TAIRE

Jeton "d'amour" : JE NE PUIS BRULER ET ME TAIRE

Les Assignats : petite histoire d’une grande catastrophe

Au 17° siècle, l’économie européenne est fondée sur l’utilisation de monnaies métalliques, principalement en or et en argent. Quelques pionniers comme la Suède puis l’Angleterre commencent à utiliser de la monnaie papier, très ancienne invention chinoise, qui présente l’avantage d’être facile à transporter.

Billet de 100 Livres du 1er juillet 1720

Banque Law billet de 100 Livres 1er janvier 1720

La France y a recours au tout début du 18° siècle, quand les caisses de l’Etat sont quasiment vides à cause des guerres successives de Louis XIV. Il s’agit tout d’abord de « billets de monoye [monnaie] », dont l’échange en numéraire devient rapidement de plus en plus théorique. Les billets qui n’ont pu être remboursés sont alors transformés en « billets d’Etat », sous la Régence. Ces derniers sont finalement repris par la Banque Law qui vient d’être lancée. Le système de Law donne une ampleur nouvelle à la diffusion de billets de banque, notamment grâce à des petites coupures de 10 livres, bien pratiques pour le commerce. On connaît la fin de l’histoire : une banqueroute retentissante en 1720. Cette faillite est aussi celle de l’Etat, qui apure ainsi ses dettes à moindre frais. La situation financière du pays peut repartir sur de meilleures bases et l’on revient aux seules monnaies métalliques.

La question d’une monnaie fiduciaire reprend de l’actualité sous le règne de Louis XVI. Pour faciliter le commerce, Turgot crée en 1776 la « Caisse d’Escompte » à qui il donne le monopole de l’émission de billets. Elle en fait un usage modéré jusqu’en 1789, même si elle est de plus en plus sollicitée pour boucher les trous du budget…

Une naissance pleine d’intérêt

La Révolution éclate dans un contexte économique très difficile : la dette publique est impressionnante. Pour faire face à son remboursement, les biens du Clergé sont « nationalisés » le 2 novembre 1789. Voilà l’Etat à la tête d’un capital immense, mais qui va être long à négocier. Comment le rendre liquide rapidement ? Après des discussions passionnées émerge une solution : créer des bons à intérêt, gagés sur ce patrimoine national et que leurs porteurs pourront utiliser pour acheter ces biens. Ce sont les assignats, du verbe « assigner » qui veut dire : affecter un fonds au paiement d’une dette.

Leur acte de naissance officiel est un décret des 19 et 21 décembre 1789, dont voici les principaux extraits :

« Art 1 – Les billets de la Caisse d’Escompte continueront d’être reçus en paiement dans toutes les caisses publiques […]

Art 2 – La Caisse d’Escompte fournira au Trésor Public, d’ici au 1er juillet prochain, 80 millions en ses billets.

Art 3 – Les 70 millions déposés par la Caisse d’Escompte au Trésor Royal en 1787 lui seront remboursés en annuités portant 5 % d’intérêts, et 3 % pour le remboursement en capital en vingt années.

Art 4 – Il sera donné à la Caisse d’Escompte, pour ses avances de l’année 1789 et des six premiers mois de 1790, 170 millions en assignats sur la Caisse de l’Extraordinaire […]

Art 9 – Il sera formé une Caisse de l’Extraordinaire, dans laquelle seront versés les fonds provenant de la contribution patriotique, ceux des ventes qui seront ordonnées par le présent décret, et toutes les autres recettes extraordinaires de l’Etat. Les deniers de cette caisse seront destinés à payer les créances exigibles et arriérées, et à rembourser les capitaux de toutes dettes dont l’Assemblée Nationale aura décrété l’extinction.

Art 10 – Les domaines de la couronne, à l’exception des forêts et des maisons royales dont S.M. voudra se réserver la jouissance, seront mis en vente, ainsi qu’une quantité de domaines ecclésiastiques suffisante pour former ensemble la valeur de 400 millions.  […]

Art 12 – Il sera créé sur la Caisse de l’Extraordinaire des assignats portant intérêt à 5 %, jusqu’à concurrence de la valeur desdits biens à vendre, lesquels assignats seront admis  de préférence dans l’achat desdits biens. Il sera éteint lesdits assignats, soit par lesdites ventes, soit par les rentrées de la contribution patriotique, et par toutes les autres recettes extraordinaires qui pourront avoir lieu, 120 millions en 1791, 100 millions en 1792, 80 millions en 1793, 80 millions en 1794, et le surplus en 1795. »

On voit clairement que l’Assemblée Constituante cherche à gagner du temps en étalant la dette. Elle emprunte à nouveau  en escomptant des recettes futures et affiche nettement son intention de procéder aux remboursements des assignats dès que possible.

En fait, très vite les assignats changent de nature. Par un décret du 17 avril 1790, leur taux d’intérêt est réduit à 3 % et surtout ils deviennent un instrument monétaire à part entière :

«[…] Art 3 – Les assignats créés par les décrets des 19 et 21 décembre 1789 auront cours de monnaie entre toutes personnes dans toute l’étendue du royaume, et seront reçus comme espèces sonnantes dans toutes les caisses publiques et particulières.

Art 4 – Au lieu de 5 % d’intérêt pour chaque année qui leur étaient attribués, il ne leur sera plus alloué que 3 % à compter du 15 avril de la présente année […]

Art 5 – Les assignats seront depuis  1.000 livres jusqu’à 200 livres. L’intérêt se comptera par jour […]

Art 6 – L’assignat vaudra chaque jour son principal, plus l’intérêt acquis, et on le prendra pour cette somme […]

Art 11 – Les 400 millions d’assignats seront employés, premièrement, à l’échange des billets de la Caisse d’Escompte, jusqu’à concurrence des sommes qui lui sont dues par la Nation pour les billets qu’elle a remis au Trésor Public en vertus des décrets de l’Assemblée Nationale. Le surplus sera versé successivement au Trésor Public, tant pour éteindre les anticipations à leurs échéances que pour rapprocher d’un semestre les intérêts arriérés de la dette publique. […] »

Ces assignats ne sont pas très pratiques. Tout d’abord ce sont des grosses coupures. Mais surtout leur valeur varie quotidiennement par l’ajout des intérêts. De plus, la méfiance commence à s’insinuer et les transactions se réalisent au prix d’une petite décote. Ainsi en août 1790, 100 livres d’assignats ne trouvent preneur qu’à 92 livres en numéraire. Pour combattre la réticence du public, comme de l’administration d’ailleurs, l’Assemblée décrète le cours forcé le 12 septembre 1790 : tous les assignats devront être acceptés pour leur valeur faciale, augmentée de l’intérêt journalier.

Des coupures plus faciles à utiliser

L’enveloppe initiale de 400 millions est bientôt très insuffisante. Dès le 29 septembre 1790, une nouvelle émission de 800 millions est décrétée, avec l’engagement solennel que ce total de 1.200 millions ne sera pas dépassé. A cette occasion l’intérêt des assignats est supprimé et l’on instaure des coupures plus petites, à partir de 50 livres. La diffusion des assignats est facilitée par ces mesures mais la défiance augmente. Les monnaies d’or, d’argent et même celles de bronze  disparaissent de la circulation. Il se pratique deux prix : l’un en assignat, l’autre en espèces. Seulement, personne ne veut payer en numéraire y compris les petites sommes. Les coupures de 50 livres sont encore trop grosses, le commerce est asphyxié.  Les transactions quotidiennes se maintiennent à coup d’expédients : monnaies et billets « de confiance » émis par des particuliers (comme les frères Monneron) ou des municipalités.

Pour faire face à cette situation, l’Assemblée décrète le 6 mai 1791 la fabrication d’assignats de 5 livres pour une valeur de 100 millions. Ce n’est pas une augmentation de la masse des assignats en circulation : il est sagement décidé que des assignats de 2.000 et 1.000 livres seront détruits pour un montant équivalent.  De nouvelles émissions de petites coupures : 25 livres, 10 livres et 5 livres ont lieu durant l’année 1791, mais cette fois-ci en plus des assignats déjà existants. Un nouvel effort est fait en janvier 1792 avec la création de coupures de 10, 15, 25 et 50 sous, destinées à  être échangées contre des assignats de valeurs plus importantes. A cette époque, le cours de 100 livres d’assignats est tombé à 77 livres en numéraire, soit une décote de 23 %. L’inquiétude monte, beaucoup d’émigrés sont partis, la crise du commerce est patente, la guerre couve…

Assignat de 2.000 F du 18 nivôse An III

Assignat de 2.000 F du 18 nivôse An III

Plus dure sera la chute…

La situation s’aggrave en 1792. Au cours des six premiers mois le cours tombe à 57 soit une nouvelle chute de 26 %, puis se redresse ensuite. Pour faire vite on ne numérote plus individuellement les assignats inférieurs à 5 livres : ils portent juste un numéro de série. Avec la guerre et l’invasion du territoire, les besoins financiers sont de plus en plus pressants. En octobre le montant maximum des assignats en circulation est augmenté à 2.400 millions. Du point de vue de leur aspect, les assignats évoluent avec l’arrestation du Roi et la création de la République. Ceux qui portaient « la face du tyran » sont remplacés par des assignats républicains, dont une magnifique coupure de 400 livres.

Les choses s’accélèrent dès le début de 1793 avec un plafond d’encours maximal porté à 3,1 milliards de livres en février. Les impôts rentrent de moins en moins, la spéculation s’étend partout. Le cours de 100 livres en  assignats tombe au plus bas de l’année à 22, en août.  Puis le crédit des assignats se redresse un peu, par la force, au moment de la Terreur.  Il faut dire que l’Etat ne lésine pas sur les moyens répressifs : peines de mort en cas de refus d’un paiement en assignats, loi du Maximum (encadrement des prix)… Parallèlement, les émissions d’assignats sont de moins en moins en rapport avec la valeur des biens nationaux sur lesquels ils sont garantis et que l’on peut estimer à 3 milliards environ. Quelques efforts sont faits pour réduire le volume des assignats en circulation, notamment par l’emprunt forcé pendant l’été 1793 ou la démonétisation des assignats royaux. Mais aussitôt après, de nouvelles émissions augmentent à nouveau la masse en circulation.

Celle-ci atteint ainsi 8 milliards de livres au début 1794. La répression se poursuit sur tous les fronts tandis que l’économie se délite complètement. La réaction thermidorienne et la fin de la Terreur apportent un soulagement général, mais l’inflation s’accélère. Les premiers assignats en Francs, désormais nouvelle unité monétaire de la République, sont décrétés le 18 nivôse An III (7 janvier 1795). Ils sont d’une valeur de 100, 750, 1000, 2000 et 10.000 F ! Leur valeur faciale témoigne bien de la dérive des prix. Le cours de 100 livres en assignats tombe à 18 en numéraire, soit une perte de 82 %…

Ce n’est hélas qu’un début, car le mouvement s’emballe : le cours passe à 3,20 en juin 1795 pour finir à 0,46 en janvier 1796, soit une chute abyssale de 99,5 %. Il faut dire que le plafond d’encours est alors passé à 42 milliards d’assignats !

Le Directoire essaie de sauver comme il peut la situation. Il fait solennellement détruire les « planches à billet » le 30 pluviôse an IV (19 février 1796) et prévoit le remplacement des assignats  par une nouvelle monnaie papier : le Mandat Territorial.  Dans l’attente de sa fabrication effective, on imprime hâtivement des « promesses de mandat ». Elles sont prévues à l’origine pour faire l’échange des assignats à raison de 30 en assignats contre 1 en promesse. Mais ces promesses de mandat perdent 99 % de leur valeur en moins d’un an. Le mandat territorial est mort avant même d’avoir été réellement mis en circulation !

Bordereau attestant du cours du mandat territoria

Bordereau attestant du cours du mandat territorial

Les assignats terminent ainsi leur vie misérablement, mais leur bilan n’est pas le même pour tous. S’ils ont entrainé une inflation affamant une grande partie de la population, ils ont été une source d’enrichissement extraordinaire pour quelques uns : tous ceux qui, comme les paysans aisés, produisaient des biens de première nécessité. Les prix de vente étaient astronomiques en papier monnaie mais ces mêmes assignats, acceptés avec forte décote, servaient ensuite à acheter des biens nationaux pour lesquels ils étaient comptés pour leur valeur faciale !…

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La datation des monnaies Omeyyades et Abbassides

Depuis leur création sous le caliphe Abd-el-Malik, les monnaies arabes d’argent ou d’or portent la date de leur frappe. Mais, par ailleurs, ces monnaies ne citent pas le nom du caliphe régnant : le millésime est l’un des éléments clé pour l’identification. Seule petite difficulté : la date est indiquée en toutes lettres…

Ou la trouver et comment la reconnaître ?

1 – Savoir reconnaître où est la date

Prenons l’exemple d’un dirhem abbasside :

image extraite de "Monnaies de l'Islam et du Proche-Orient", collection Monnaie de Paris

image extraite de "Monnaies de l'Islam et du Proche-Orient", collection Monnaie de Paris

La légende qui nous intéresse est la légende circulaire autour de ce motif central (NB pour les dinars, la légende contenant la date est de l’autre côté).

Elle commence à l’endroit de la flèche du haut et se lit dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Il faut garder en mémoire que l’arabe se lit de droite à gauche !

Le mot important à repérer est celui signalé par la flèche du bas : « sanat » c’est à dire « année ». Ensuite vient le chiffre des unités, puis celui des dizaines et enfin des centaines. Chaque chiffre est séparé par le mot « wa » : « et ».

Ici nous avons, mot à mot : année 3 et 60 et 100, c’est à dire 163 AH ou 163 de l’Hégire.

2 – Identifier la date

Voici le tableau des différentes années, en caratères coufiques, avec un exemple repris sur des dirhems :

Notez que pour les chiffres de 11 à 19, il n’y a pas de « wa » séparatif.

Année
et
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10 photo à venir
1X photo à venir
20
30 photo à venir
40 photo à venir
50 photo à venir
60 photo à venir
70 photo à venir
80
90
100
200 photo à venir

Contexte : le prix des choses en 1776

Lorsque l’on s’intéresse aux monnaies royales, on aimerait parfois savoir ce que l’on pouvait acheter avec ces écus d’argent et ces louis d’or ou plus simplement avec ces gros sous. Voici un exemple du prix des biens au tout début du règne de Louis XVI. Il s’agit de l’extrait d’un inventaire de décès dans une ferme du Vigan (Cévennes) établi en 1776.

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[…] Après quoi, nous Notaire, avons inventorié les meubles et effets suivant au fur et à mesure qu’ils ont été estimés par les priseurs :

1 – Dans la pièce d’entrée servant de cuisine

Un grand chaudron, un moyen, un petit et une marmite le tout en cuivre 36 £

Une conque (cuvette) et un bassin à filer la soie 15 £

Deux marmites métal 18 £

Une vieille maie à pétrir 1 £

Un lit à quenouille de bois fort vieux, une paillasse, un traversin rempli de paille, une couverture en laine, le tout 18 £

Neuf vieilles chaises garnies de paille 2 £

Une crémaillère à la cheminée, deux petits chenets de fer et une pelle à feu 4 £

Deux lampes communes et une poêle à frire le tout en fer 2 £

Une table à quatre pieds 4 £

Deux cruches, quatre pots, cinq plats, vingt-deux assiettes le tout de terre, quatre cuiller d’étain, une cuiller de fer 2 £

Une vieille balance romaine 2 £

2 – Dans le cabinet voûté sur la gauche de la pièce

Six livres de lard 2 £ 10 s

Une cruche à huile avec cinq livres d’huile d’olive 2 £ 10 s

3 – Au grenier

Six bancs et six cannes de planches pour les vers à soie 30 £

4 – A la cave

Deux tonneaux d’un demi-muid pleins de vin nouveau 60 £

Deux cuves vinaires contenant ensemble trois tonneaux de vin 15 £

Deux tonneaux d’un demi-muid et deux quarterolles, le tout vide et vieux et un entonnoir en bois 10 £

5 – Dans l’écurie

Six moutons et six brebis petite espèce et la plupart vieux 36 £

Deux cochons l’un estimé vingt livres et l’autre dix livres soit 30 £

6 – Dans la chambre au côté droit de la cuisine

Un lit à la duchesse avec bois et ferrure, garni de cotonnade à flammes, une paillasse, un matelas laine, un traversin plume et une couverture de laine 60 £

Une vieille chaise à sel de bois trouée 1 £ 10 s

Un vieux coffre vide 3 £

Une petite et vieille armoire de noyer 5 £

Dans ladite armoire a été trouvé dix pièces de toile de maison dont deux usées 20 £

Six nappes et six serviettes petites et usées 5 £

Douze chemises la plupart vieilles 12 £

Deux vieux habits l’un de serge l’autre de buratte chacun avec veste et culotte 15 £

Deux paires de bas de laine, une paire de souliers et un chapeau à demi usé 4 £

Une autre armoire plus grande 20 £

Plus huit quartes de châtaignes fraîches 8 £

[… fin de l’inventaire]

Les devises des rois de France

Il est intéressant de connaître la devise des rois de France, car elle figure parfois sur leurs jetons ou médailles. Les voici, de François Ier à Louis XIII, avec leur traduction ainsi que leur signification, car l’iconographie permet de mieux comprendre le sens de ces formules souvent lapidaires.

François Ier : NUTRISCO ET EXTINGUO – Je me nourris puis je m’éteins (la salamandre)

Henri II : DONEC TOTUM IMPLEAT ORBEM – Jusqu’à emplir le ciel entier (en se référant à la Lune comme à la gloire du roi…)

François II : UNUS NON SUFFIT ORBIS – Il ne se suffit pas de son monde

Charles IX : PIETATE ET JUSTITIA Avec piété et droiture

Henri III : MANET ULTIMA CAELO (ou Coelo) – Mot à  mot : l’ultime [couronne] reste au ciel, c’est à dire : la couronne céleste est au-dessus de toutes les autres.

Henri III, qui a toujours gardé son titre de roi de Pologne, considère qu’il posséde deux couronnes terrestres : celles de France et celle de Pologne. Mais la couronne la plus enviable est celle du royaume des cieux, bien supérieur aux royaumes des hommes.

Henri IV : DUO PROTEGIT UNUS – Mot à mot : un seul en défend deux, c’est à dire : un même glaive défend les deux royaumes

Henri IV est roi de France et de Navarre. Son épée, symbolisant son énergie et sa force, protége les sceptres de chacun de ses deux royaumes.

Louis XIII :ERIT HAEC COGNITA MONSTRIS – Cette [massue] sera également reconnue par les monstres

Découvrir : l’origine du sou

De nos jours, plus personne ne compte en sous. Cependant, dans les années 1930 et 40 encore, les gens utilisaient communément cette unité pour désigner soit leurs centimes (les « sous troués ») soit la pièce de 5 F (« une pièce de cent sous »).

Et aujourd’hui, le sou reste toujours présent dans de nombreuses expressions populaires : « être sans le sou », « propre comme un sou neuf », « un sou, c’est un sou »…

L’extraordinaire est que ce sou encore vivace dans nos mémoires a traversé des centaines d’années et est passé par tous les métaux monnayés, nobles : or puis argent, ou communs : billon, cuivre, nickel, et autres. Il est né à l’époque romaine d’une grave crise monétaire et a, en France, terminé sa carrière avec une autre crise, la guerre de 1940.

Origine romaine : le sou d’or

Solidus d'Honorius

Solidus d'Honorius

La fin du 2ème siècle et le début du 3ème est une période extrêmement troublée pour l’empire romain. Les nombreuses crises politiques, les révoltes militaires et les usurpations ont eu de graves conséquences sur l’économie, et la monnaie s’est considérablement dévaluée. Une première tentative de rétablissement sous Dioclétien (284-305) n’a eu qu’un effet éphémère, car la situation politique s’est rapidement dégradée après sa mort.

La vraie stabilisation du pouvoir intervient avec Constantin Ier (306-337) qui, tout en fondant une nouvelle dynastie, crée une nouvelle capitale (Constantinople) et réforme la monnaie. Ainsi, il instaure en 310 après JC un nouveau système qui a pour référence principale une pièce d’or fin pesant 1/72ème de livre romaine, soit 4,51 g.

Pour que la volonté d’un retour à une bonne monnaie soit clairement affichée « urbi et orbi », il est décidé de qualifier cette nouvelle monnaie de solide. Son nom officiel est « solidus aureus », mais le public retiendra essentiellement  « solidus » et plus tard le mot se contractera en français en « sol » ou sou. Au fil du temps, la fabrication du solidus est parfois complétée par des divisions : demi-sou (semissis) ou tiers de sou (tremissis ou triens).

Le solidus – et ses divisions – poursuit sa carrière dans l’empire byzantin, mais aussi dans les royaumes « barbares » établis après la chute l’empire romain d’occident. En effet, les rois Burgondes, Ostrogoths ou Wisigoths maintiennent une monnaie de qualité et reproduisent même fidèlement les types frappés par les empereurs de Byzance, tout en ajoutant parfois leur monogramme.

Pendant le Haut Moyen-Age

Dans le royaume des Francs, aux 5ème et 6ème siècle, la monnaie d’or est également émise localement aux types byzantins. Toutefois, si la teneur en métal précieux reste élevée dans un premier temps, le poids du sou est réduit puisqu’il en est frappé 84 dans une livre d’or. Et, bien entendu, le tiers de sous, de loin la monnaie la plus courante à cette époque, est réduit en proportion.

Mais au delà de cette évolution pondérale deux autres évènements majeurs sont à retenir. Le premier est la multiplicité des « institutions » émettant la monnaie, le deuxième est la dégradation de la monnaie d’or puis sa disparition pure et simple dans les échanges économiques.

Le pouvoir royal devenant de plus en plus faible, la création de la monnaie lui échappe de plus en plus. C’est ainsi qu’apparaissent des émissions au nom d’abbayes ou de simples particuliers fortunés (les « monétaires »). En fait, toute personne possédant de l’or s’arroge le droit d’émettre de la monnaie.

Cependant petit à petit, l’existence d’une monnaie d’or, fut-ce seulement un tiers de sou, devient de moins en moins nécessaire. Pour les échanges courants c’est une valeur trop importante. Quant aux échanges internationaux, ils sont devenus quasiment inexistants. C’est ainsi que l’on voit réapparaître le troc : les transactions de valeur moyenne se règlent en céréales ou en bétail, les transactions importantes (achats de domaines…)  en lingots ou en vaisselle précieuse. Tant et si bien qu’à la fin de la période mérovingienne, le sou n’a plus de réalité, il est devenu une monnaie de compte.

Gros de Saint-Louis

Avec l’avènement des Carolingiens renaît un pouvoir central fort, élément favorable à une bonne monnaie. C’est effectivement bien le cas, sauf que le système mis en place dans tout l’empire s’appuie sur le monnayage quasi exclusif de l’argent. La monnaie ainsi créée est le denier.

A cette occasion, on laisse de côté l’ancienne règle d’un sou d’or pour 40 deniers d’argent qui avait prévalu jusqu’au début du 7ème siècle et qui correspondait à la parité réelle entre les deux espèces. Il est institué un système de compte nouveau : 1 livre = 20 sous et 1 sou = 12 deniers. Cette réforme est capitale pour la suite de notre histoire monétaire puisque ce système instauré au cours du 8ème siècle perdurera jusqu’à la Révolution, c’est à dire jusqu’à l’apparition du Franc.

En réalité, a part quelques exceptionnelles monnaies d’or, il n’est frappé que des deniers ou des oboles (demi-deniers). Ainsi, quand on avait dans sa bourse 20 deniers, on pouvait dire qu’on possédait 1 sou, ou 1 livre si l’on détenait 240 deniers dans son coffre. Cependant, le sou ou la livre n’étaient pas représentés dans la circulation courante, ce sont des monnaies de compte.

Sous les premiers capétiens, oboles et deniers restent les seules espèces émises car l’économie est très autarcique et le métal rare. Mais les choses se complexifient : à la livre de Paris, ville centrale du domaine royal, s’ajoute la livre de Tours, lorsque Philippe Auguste annexe cette région au royaume. Ainsi, à côté de deniers « parisis » le roi fait frapper des deniers « tournois », avec une correspondance de 5 tournois pour 4 parisis.

Le  sou d’argent : grandeur et décadence

Le système monétaire s’enrichit grâce aux Croisades qui mettent en contact les francs avec des régions au numéraire abondant, notamment l’empire Byzantin et l’Egypte fatimide puis ayyoubide.  La réforme de Saint-Louis, dans le courant des années 1260, réintroduit en France l’usage de l’or. Elle instaure aussi une grosse monnaie d’argent ou « gros » valant 12 deniers tournois : le sou redevient une monnaie réelle. Cela est de courte durée car les difficultés financières de Philippe IV le Bel aboutissent à fixer au gros une valeur bien supérieure à son cours initial ; le sou retourne à son statut de monnaie de compte.

Assignat de 50 sols

Assignat de 50 sols

Il faut attendre le règne de Charles VIII pour revoir des pièces ayant cours pour 12 deniers tournois. Ce sont des monnaies d’assez bon argent et de bel aspect d’où leur nom de « blancs » par opposition aux petites monnaies de billon, qualifiées de « noires ». La Renaissance conservera l’habitude de frapper des sous, en abaissant toutefois leur poids. Ils portent alors le nom de « douzains », terme explicite quant à leur cours. Charles IX innove en créant, à côté de ces douzains, un sol parisis (valant 15 deniers tournois) en 1564 et un double sol en 1568. A nouveau monnaie de compte et monnaie réelle se rejoignent, jusqu’au début du règne de Louis XIV. A cette époque, le sou n’est plus que l’ombre de lui-même : c’est une monnaie d’appoint en très mauvais alliage. La belle monnaie d’argent est représentée par l’écu et ses divisions. La dépréciation du sol est consacrée sous Louis XV qui en fait, à partir de 1719, une monnaie de cuivre. Et le dernier avatar du sou – en tant que tel – arrive avec la Révolution : il devient une monnaie de papier…

Le sou disparait dans les faits avec la création du Franc Germinal en 1803. Mais, le public conservera pendant plus d’un siècle et demi l’habitude de compter en sous : l’écu de 5 Francs, c’est une pièce de cent sous, 2 F = 40 sous, 1 F = 20 sous, 50 centimes = 10 sous, 10 centimes = 2 sous et 5 centimes = un sou (ou plus argotiquement « un rond »). Et c’est sous cette dénomination de 5 centimes que le sou entame sa chute finale : de cuivre jusqu’à la guerre de 1914, il passe dans les années 1920 et 1930 du cupro-nickel au maillechort avant d’être démonétisé en janvier 1941. Telle est la triste de fin d’une aventure qui a duré plus 1600 ans !

Un "rond" du Second Empire

Un "rond" du second empire

Les poinçons des médailles françaises

A partir du 19° siècle, les médailles et jetons frappés par la Monnaie de Paris portent un poinçon sur la tranche pour garantir leur titre en métal précieux. Ce poinçon devient rapidement une marque de fabriquant et s’étend au métaux communs : cuivre, bronze… Il est important de les connaître car cela permet de définir l’époque de la frappe.

Avant le 30/03/1832 : pas de poinçon
Du 30/03/1832 au 20/10/1841, pour l’or et l’argent seulement : lampe
Du 21/10/1841 au 25/09/1842, pour l’or, l’argent, le bronze et le cuivre : proue
Du 26/09/1842 au 12/06/1845 : ancre
Du 13/06/1845 au 30/09/1860 : main
Du 01/10/1860 au 31/12/1879 : abeille
A partir du 01/01/1880 : corne d’abondance

Termes monétaires d’Ancien Régime

Voici un très intéressant document publié vers 1791 par l’Imprimerie Nationale, à l’occasion des nombreuses discussions qui ont agité l’Assemblée Nationale sur les nouvelles monnaies. Destiné aux députés, il permet aujourd’hui d’avoir des définitions claires de termes monétaires anciens.

NOTIONS SUCCINTES POUR L’INTELLIGENCE DES DISCUSSIONS MONÉTAIRES

Monnaie

C’est une portion de métal à laquelle le législateur donne une forme, un poids, une empreinte & une dénomination.

Poids

Le poids usité pour la monnaie est le marc contenant 4,608 parties égales appelées grains ; il se subdivise en 8 parties appelées onces ; l’once en 8 parties appelées gros ; & le gros en 72 parties qui sont des grains.

Valeur intrinsèque

C’est la quantité en poids de matière d’or pur ou d’argent pur, qui domine dans la portion de métal appelée monnaie. Elle est certifiée par l’empreinte publique, & l’alliage n’est compté pour aucune valeur à cause des frais qu’exigerait la séparation.

Titre

C’est l’expression abrégée & conventionnelle dont on se sert pour énoncer en peu de mots, & en peu de chiffres, la valeur intrinsèque d’une pièce de monnaie, ou d’un marc monnayé.

On a partagé en 24 degrés égaux appelés karats, la pureté dont l’or est susceptible : un marc d’or à 24 karats, ou 4,608 grains pesans d’or pur, sont une seule & même chose. Ce qui manque aux 24 degrés de la plus grande pureté de l’or, s’appelle alliage.

D’un karat à l’autre, la différence se partage en 32 parties égales, appelée trente-deuxièmes ; ainsi l’or à 23 karats 16/32èmes tient d’alliage un vingt-quatrième, plus un demi-vingt-quatrième.

On a partagé en 12 degrés égaux, la pureté dont l’argent est susceptible : ils s’appellent deniers de fin.

Ce qui manque aux 12 degrés de la plus grande pureté de l’argent, s’appelle alliage. Ainsi l’argent à 11 d. de fin, contient un douzième d’alliage.

D’un denier de fin à l’autre, la différence d’alliage se partage en 24 parties égales, appelés grains de fin.

Ainsi l’argent à 10 d. 21 g. de fin, contient un douzième d’alliage, plus trois vingt-quatrièmes de deniers de fin.

Toutes ces expressions conventionnelles, ne sont autre chose que des abréviations de l’énoncé du poids effectif de la matière pure, qui constitue le véritable intrinsèque d’une pièce de monnaie.

Car un marc à 24 karats est la même chose que 4,608 grains pesans d’or pur.

Chaque karat exprime un poids effectif de 192 grains pesans d’or pur.

Chaque trente-deuxième exprime un poids effectif de six grains pesans d’or pur.

Un marc à 12 deniers de fin signifie 4,608 g. pesans d’argent fin.

Un denier de fin sur le marc, exprime 384 g. pesans d’argent fin.

Un grain de fin signifie 16 grains pesans d’argent fin.

De tout cela résulte que l’expression claire en monnaie, est de faire usage du nombre des grains pesans de matière fine contenus soit au marc, soit dans la pièce principale et ses divisions.

Mais pour former des comptes en grand, la multiplicité des chiffres a paru embarassante ; & les anciens font convenus de termes d’abréviations : voilà tout le mystère.

Remèdes

C’est une latitude accordée soit à l’imperfection de l’art, soit au risque de l’artiste ; telle qu’entre les extrémités de cette latitude, l’artiste intelligent & de bonne foi, se trouve garanti de la sévérité de la loi, lorsque son travail est jugé.

Le remède appliqué au titre, s’appelle remède de loi.

Le remède appliqué au poids, s’appelle remède de poids.

L’excès en moins sur le remède de loi, s’appelle écharseté, porté au delà de certaine mesure fausse monnaie.

L’excès en plus sur le remède de poids, s’appelle faiblage.

L’excès en plus sur le remède de loi, s’appelle forçage.

L’excès en moins sur le remède de poids, s’appelle largesse.

Ces deux excès sont tombés en désuétude depuis des siècles.

Valeur numéraire

C’est le terme conventionnel employé dans chaque pays, pour exprimer la mesure de l’échange entre les denrées & la monnaie. Si l’on affaiblit la monnaie, la mesure de l’échange hausse en dénomination ; également si la denrée devenait plus rare.

Seigneuriage

C’est un impôt qui se prélève en France sur le monnayage ; il est perçu en partie sur le titre, en partie sur le poids, en partie sur la valeur numéraire.

Dans l’intérieur c’est une déduction faite sur la richesse réelle du peuple.

Au dehors, c’est un impôt sur le commerce & sur ses retours.

Sous Charles VII, les états accordèrent au roi la taille annuelle, à condition que le royaume ne serait plus tourmenté par cet impôt arbitraire, dès-lors souvent excessif & convulsif.

Louis et Ecus : titre en marcs et poids en deniers

Traite

C’est le prélèvement sur la monnaie, tant des frais de fabrication que du seigneuriage ; ce prélèvement est à la charge du porteur des matières.

Proportion de l’or à l’argent, denrées ; autrement hors d’œuvre

C’est en chaque pays le rapport d’échange entre un marc d’or fin, & le nombre de marcs d’argent fin, qui en sont reconnus l’équivalent.

Le besoin combiné & avec l’abondance, graduent ce rapport d’une manière variable dans le commerce.

Idem en monnaie

Ce rapport est déterminé par la quantité de marcs numéraires d’argent monnayé, qui sont déclarés devoir s’échanger avec un marc d’or monnayé.

Si l’état ne prend point de traite sur sa monnaie, il n’y a aucune différence entre le rapport intrinsèque.

Si l’état prend une traite sur la monnaie, comme les valeurs numéraires sont purement idéales, il faut considérer ce rapport intrinsèquement, c’est-à-dire, en grains pesans de matières pures : car l’étranger ne calcule jamais autrement ; & dans l’intérieur même la richesse idéale n’en est une que par son identité parfaite avec la réelle.

Si l’état prend sa traite inégalement, c’est-à-dire, si elle charge plus un métal que l’autre ; alors on est obligé de considérer le rapport de chacun des deux métaux hors-d’œuvre, avec chacun des deux métaux monnayés. Cette complication de rapports jette des perplexités, & sur-tout une obscurité dangereuse, dans les discussions monétaires : & l’intérêt privé s’en prévaut pour tromper ceux qui craignent d’aborder les grands calculs.

Proportion haute

C’est celle qui exige plus d’argent en échange de l’or ; l’effet est d’estimer l’or plus que l’argent, & de l’attirer par préférence. L’excès fait sortir l’argent préférablement à l’or dans les paiemens à l’étranger.

Proportion basse

C’est celle qui exige moins d’argent en échange d’or ; l’effet est d’estimer l’argent plus que l’or, qui se thésaurise plus facilement & de l’attirer par préférence. L’excès fait que l’or n’est pas assez abondant pour les besoins du commerce.

Proportion moyenne

C’est celle qui se tient au milieu entre les extrêmes des pays avec lesquels on commerce. Son effet est de ne donner aucun avantage décidé aux spéculations des marchands d’or & d’argent.

Proportion des monnaies

C’est la correspondance précise & exacte qui doit exister, de la quantité de matière fine contenue dans la pièce principale, avec celle que contiennent ses divisions. Sans quoi l’une serait enlevée, & l’autre contrefaite.

Louis XV demi-écu "Vertugadin" 1716

Louis XV demi-écu "vertugadin 1716"

Affaiblissement ou empirance de monnaie

C’est l’altération du titre sans baisser la valeur numéraire, ou bien la hausse de la valeur numéraire sans hausser le titre.

Les deux moyens produisent les mêmes désordres, I° en changeant les conditions des anciens engagemens, ce qui trouble le commerce & la confiance tant au-dedans qu’au-dehors ; 2° en faisant perdre au commerce de l’état sur tout ce qui lui est dû par l’étranger, le montant de l’affaiblissement. Car l’étranger paiera ce qu’il doit avec la monnaie faible, & continuera pour ce qui lui est dû d’exiger la même quantité de matière fine ; 3°en invitant par le bénéfice l’étranger à contrefaire la monnaie ; 4° en faisant renchérir le prix de denrées ; car le peuple qu’on a voulu tromper sur la richesse réelle, remet bientôt les denrées à leur niveau avec la quantité de matière fine qu’il avait coutume de recevoir ; 5° en diminuant les moyens du trésor public, qui reçoit moins de matières fines, quoique les denrées aient haussé pour reprendre leur niveau ; 6° en mettant les classes salariées aux prises avec ceux qui distribuent les salaires : ceux-ci veulent payer les salaires tels qu’ils étaient avec la monnaie faible ; & les salariés qui voient hausser les denrées, exigent avec raison un salaire plus fort : dans ce combat le pauvre souffre long-tems, avant d’obtenir justice.

Change étranger

Il consiste à se procurer dans un état voisin, une quantité d’or fin ou d’argent fin en monnaie de ce pays, équivalente à celle qu’on livre au banquier en monnaie courante pour avoir de lui un mandat, sauf son droit de commission.

Pair du change

C’est entre deux états, la dénomination précise de ce qu’il faut de la monnaie de compte tant de l’un que de l’autre, pour acquitter ce qu’elles contiennent d’or fin, ou d’argent fin.

Cours du change

C’est la différence qu’il faut que l’un des deux états donne à l’autre en plus ou en moins de matières fines, pour avoir chez lui la quantité indiquée par le pair.

Commerce du change

C’est la spéculation que forme un commerçant sur les variations & inégalités du change, entre les divers pays qui trafiquent ensemble ; pour se rendre suivant les circonstances, par son crédit tantôt débiteur, tantôt créancier des uns & des autres ; dans l’objet de s’assurer par l’issue de ses combinaisons un profit final aux dépens du pays qui doit au sien, plus que le sien ne lui doit. Ce commerce peut attirer quelques bénéfices pécuniaires ; mais ne contribue point au travail & à la substance des pauvres de l’état ; & comme l’argent est cosmopolite, ce négoce est le dernier dans l’ordre de l’avantage social.

Origine du change

Le change doit son origine au commerce respectif entre deux nations, dont les individus se vendent & s’achètent respectivement des denrées. Il n’y a pas de change entre des peuples qui ne trafiquent pas ensemble.

Essence du change

Elle consiste entre deux pays, dans la balance des créances respectives. Si la somme due est inégale, l’excédent doit être soldé en argent le plus promptement possible, sans quoi la baisse du change portera sur la totalité des créances de celui qui doit le solde. Ainsi il peut arriver qu’un état créancier en général, ne laisse pas en certaines circonstances de faire du profit, en envoyant des matières dans le pays même qui doit finalement se trouver son débiteur. Car il maintient son avantage dans le cours du change, & ses matières lui reviendront nécessairement en plus grande quantité par la prospérité du commerce général.

Les jetons et médailles de Marine

La variété des jetons et médailles français offre de nombreux thèmes de collection possibles. Celui de la Marine est à juste raison assez populaire. Il permet en effet de couvrir une assez longue période, depuis la « Royale » au 17° siècle, jusqu’à nos jours. Et l’amateur a le plaisir de rassembler de belles représentations de bateaux, des vues de port ou de phares, des allégories variées ainsi que des portraits de marins et amiraux célèbres.  Il peut aussi se plonger dans les grands évènements de l’histoire de la marine de guerre, commerciale ou de plaisance : batailles navales, lignes transatlantiques…

Les jetons de Marine

jeton argent Marine 1718

jeton argent Marine 1718

Les jetons frappés explicitement pour la Marine reflètent assez fidèlement la politique royale en la matière. Avant le 17° siècle, on ne trouve que quelques rares jetons de noblesse pour les amiraux de France. Mais à partir de la création de la Royale par Richelieu, en 1624, les émissions de jetons deviennent plus régulières. Elles sont mêmes quasiment  annuelles sous Louis XIV. Ces jetons présentent le plus souvent, à l’avers, le buste de l’amiral de France, ce qui est un privilège très important : sur les jetons des autres administrations figure en principe le portrait du roi ! On retrouve ce portrait sur des jetons destinés à la Marine, mais sans la mention de celle-ci  et en général non datés.

Les revers sont variés : ils peuvent représenter un thème marin tel qu’une ancre ou une vue de l’océan. Mais ils sont souvent allégoriques ou mythologiques : Neptune, le trident, Amphitrite… Curieusement, il y a peu de représentations de bateaux, tout comme pour les jetons de l’administration des Galères.

Bateaux, ports et phares

Vaisseau offert à Louis XV par les habitants du Languedoc

Vaisseau offert à Louis XV par les habitants du Languedoc

Dès le Moyen-âge les jetons de Paris portent la nef qui flotte et ne coule pas.  A cette époque, celle-ciest assez stylisée, mais plus tard ce sera parfois de superbes trois-mâts aux voiles gonflées par le vent. C’est probablement dans cette série que l’on voit le plus de navires ! En plus des assurances maritimes, certaines provinces ou villes portuaires utilisent également des bateaux sur leurs jetons, ainsi que  quelques nobles. Les vues de ports se développent surtout à partir de la fin du 18° siècle, pour les chambres de commerce. Quant aux phares, ils sont moins courants et ne se rencontrent que ponctuellement, pour illustrer un événement.

Aux 19° et 20° siècles, ce sont les compagnies d’assurances et surtout celles de navigation qui montrent les plus beaux sujets maritimes sur leurs jetons et leurs médailles.

Evènement historiques et grands hommes

Le thème de la Marine s’enrichit aussi de tout ce qui a pu être frappé pour commémorer des victoires navales ou bien des révolutions en matière de navigation, comme le canal de Suez ou celui de Panama. Il permet aussi de rassembler une galerie de portrait de grands marins, notamment sur les médailles des deux derniers siècles.

En un mot, cette collection est un sujet vaste et passionnant que beaucoup d’amateurs apprécient tant en France qu’à l’étranger.

Médaille en étain pour l'inauguration du canal de Suez

Médaille en étain pour l'inauguration du canal de Suez

Découvrir les monnaies musulmanes

Les arabes fondèrent au 7° siècle après JC un système nouveau et cohérent en fusionnant les monnayages byzantins et perses sassanides. Ces monnaies, d’une qualité remarquable, irriguèrent le commerce du Moyen Orient jusque vers l’Espagne et l’Inde. Le plus étonnant de cette aventure c’est que les types définis perdurèrent, à peine inchangés, pendant plusieurs siècles !

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A l’époque de Mahomet, au début du 7° siècle, les Arabes ne possédaient pas de monnaies propres. Sans doute n’en avaient-ils pas besoin : pour les tribus nomades dont le chameau était le principal étalon de richesse, le troc était certainement le moyen d’échange le plus répandu. Dans les villes marchandes comme La Mecque ou Médine, les espèces étrangères – or byzantin ou argent Perse – pouvaient servir aux transactions importantes.

Entre 636 et 655, les premières conquêtes à l’ouest, arrachèrent aux Byzantins la Syrie, la Palestine et L’Egypte et à l’est anéantirent l’empire des Perses sassanides. Elles apportèrent d’énormes masses de métaux précieux : butins constitués de vaisselle, de vases ou de trésors en espèces. Mais la création d’une monnaie nouvelle n’avait aucun caractère d’urgence au regard du but suprême : la guerre sainte.

1/2 dirhem Tabaristan

Les nouveaux maîtres musulmans s’accommodèrent fort bien dues systèmes préexistants dans les régions conquises. Ils les reprirent à leur compte, en les modifiant à peine :

  • En Orient, ils continuèrent à frapper de minces drachmes d’argent à l’effigie du défunt empereur sassanide Khosro (Chosroes) II. Ils se limitèrent à ajouter dans la marge l’inscription «Bismillah» c’est-à-dire au nom d’Allah.
  • Sur les bords de la Méditerranée, ils conservèrent au solidus d’or et au follis de bronze leur type d’origine: le portrait en buste ou en pied des empereurs de Constantinople, Héraclius et ses fils ou Constant II. Ils les accompagnèrent parfois d’une légende en arabe et supprimèrent les croix, symboles chrétiens largement représentés sur les monnaies byzantines.

L’avènement de la dynastie des Omeyyades en 661 marque le début d’une véritable administration de l’empire. Dans le domaine monétaire, une première évolution vers des thèmes proprement musulmans se fit sentir en Syrie et en Palestine sous l’influence du calife Abd-el-Malik (685-705). A Damas, Edesse ou Jérusalem furent émises des pièces de bronze représentant le calife debout, tenant son épée, entouré d’une légende totalement en arabe.

La réforme fondatrice

En 696 (année 77 de l’Hégire), Abd-el-Malik instaura dans tout l’empire un système monétaire cohérent qui répondait aux nécessités économiques aussi bien nationales qu’internationales.

Dirhem Omeyyade 95 AH

Dirhem Omeyyade 95 AH

Pour les transactions importantes et le grand commerce, on utilisera désormais un dinar d’or pesant 4,3 g ; pour le paiement des salaires et des impôts, ce sera un dirhem d’argent d’un poids de 2,8 g, tandis que le fels de bronze servira aux achats quotidiens.

Le rapport de ces trois espèces entre elles n’était pas fixe : il évoluait suivant le prix des différents métaux. A l’origine, le dinar valait 10 dirhems, mais il s’apprécia jusqu’à 14 et même 20 dirhems selon les époques. Le dirhem lui-même fluctua entre 16 et 24 fels car, après la période omeyyade, son poids a varié selon les régions.

La définition de ces nouvelles espèces était dans le droit fil des monnaies étrangères utilisées jusqu’alors. Le dinar, héritier – et concurrent – du solidus byzantin tenait son nom du denarius [aureus] latin. Le dirhem reprenait l’aspect et la dénomination de la drachme perse et le fels (au pluriel foulous) venait, lui directement du follis byzantin.

En revanche, l’iconographie et les légendes de ce monnayage étaient tout à fait révolutionnaires : plus d’allégories, plus de titres à la gloire du prince régnant, plus de portraits ! Ces monnaies étaient islamiques et devaient participer exclusivement de la louange de Dieu, le nom du caliphe lui-même en était absent. Et puisque la représentation des formes humaines et animales avait été désapprouvée par le Prophète, elles ne porteront que du texte : des professions de foi calligraphiées dans une élégante écriture coufique.

Ce système rompait avec la tradition monétaire du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, qui était à la fois figurative et personnelle (portrait du prince ou emblème de la Cité. Il allait pourtant connaître une longévité étonnante puisque les dernières monnaies qui reprirent ces légendes furent émises au Yémen dans les années 1960 ! Singulière modernité de ce système : aucun Etat souverain n’avait jusqu’alors défini son numéraire de façon aussi explicite. Les Arabes ont été les premiers à indiquer à la fois le nom de leurs espèces, l’atelier et le millésime (exprimé en années de l’Hégire). En Occident, l’habitude de dater les monnaies ne se généralisera qu’à partir du 15° siècle…

La fin de l’unité

Alors que les dinars étaient exclusivement frappés dans la capitale omeyyade, Damas, les dirhems étaient émis dans de nombreuses grandes villes de l’empire. Les ateliers les plus actifs étaient à Damas bien sûr, mais aussi à Wasit, cité fondée en 703 dans la vallée du Tigre. La dispersion de ces ateliers permet de mesurer l’immensité de l’empire : de l’Espagne (Cordoue) à la Tunisie, de l’Azerbaïdjan à l’Afghanistan (Balkh) et au Pakistan (région du Sind).

dirhem Seljouks de Rum

dirhem Seljouks de Rum

Les Abbassides renversèrent les omeyyades e 750 et l’expansion du commerce aux 8 et 9° siècles développa l’usage de la monnaie. Bagdad, la nouvelle capitale fondée en 762, drainait une large part des richesses de l’empire. Elle devint rapidement un centre économique de tout premier plan et un atelier important pour la frappe de l’or et de l’argent. Quant aux types monétaires, ils continuèrent de suivre ceux de la dynastie précédente, en mentionnant toutefois le nom du calife auquel s’ajoute de temps à autre celui de l’héritier ou du gouverneur de la province. Le style calligraphique et l’apparence des monnaies se personnalisèrent selon les régions, au fur et à mesure que s’affirmaient les dynasties locales dans les provinces d’Espagne, d’Afrique du Nord pu de l’Iran oriental.

En 945, la rébellion bouyide sonna le glas du pouvoir central abbasside. Ce fut également la fin d’une monnaie commune au monde musulman. Si les termes de dinar et de dirhem évoquaient encore des pièces d’or et d’argent, la diversité des poids et des teneurs en métal précieux, ainsi que l’agencement des légendes devinrent le reflet des ambitions et des moyens financiers de chaque dynastie. Principale exception en ces temps troublés, l’Egypte des Fatimides (969-1171) était un pays prospère. Contrôlant les débouchés de l’or soudanais et occupant une situation stratégique sur les grandes voies commerciales, elle poursuivit longtemps la frappe de bons dinars.

Au 13° siècle, les invasions mongoles qui ravagèrent tout l’Orient musulman – Bagdad fut mise à sac en 1258 et le dernier calife abbasside exécuté – balayèrent les ultimes survivances du système conçu par Abd-el-Malik. Chaque pays eu alors sa propre politique monétaire et définit et nomma son numéraire.

Il faudra attendre l’empire ottoman pour connaître à nouveau un monnayage de grande diffusion. Ce fut à l’origine une aspre d’argent (de 1,2 g puis de 0,8 g) complétée en 1478 par un sultanin d’or. Cependant le système turc ne fit pas preuve de la même stabilité que celui des Omeyyades. Mis à mal dès le16° siècle par l’arrivée massive l’argent des mines espagnoles d’Amérique du Sud, il fut remanié plusieurs fois avant d’être réformé en 1688. Les types monétaires renouèrent avec la tradition antique des monnaies personnelles. Bien que non figuratifs, ils étaient tout à la gloire du sultan et portaient le plus souvent son « sceau » (la toughra).

Au fil du temps, dans l’ensemble du monde islamique se formèrent des monnaies strictement nationales qui oublièrent l’époque où la monnaie était appelée à participer à la seule célébration de Dieu.

Ottmans 1/2 zolota Constantinople

Ottmans 1/2 zolota Constantinople

Article paru dans le Courrier de l’Unesco de janvier 1990 et légèrement remanié par l’auteur.

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A lire sur le sujet

La plupart de la littérature sur les monnaies islamique est en anglais.

Pour une histoire détaillée de ce monnayage, je conseille :

« A Handbook of ISLAMIC COINS » par Michael Broome

Editions SPINK à Londres, réimpression 2006