Au 13° siècle, l’Anatolie a été témoin de l’affaiblissement constant de l’Empire de Byzance, du déclin inéluctable de la brillante époque des Seljukides, de la poussée des Mongols. Et dans le flou qui en a résulté se sont installées des chefferies locales : les Beylik, généralement vassaux des Mongols Ilkhanides (1). Ertugrul était l’un de ces Beys, ou chef de clan, venu, selon la légende, des steppes d’Asie centrale. Son fief se situait autour de Söyüt dans la région d’Eskisehir, non loin de Bursa. Son fils, Osman, élargit le territoire et l’influence de la tribu. Son petit fils, Orhan, bien que vassal des Ilkhanides, prit le titre de Sultan. Ainsi est née la dynastie ottomane.

Une spécificité turque

Akché d'Orhan

Akché d'Orhan

Petites pièces d’argent dont le nom turc évoque ce qui est clair, brille et scintille, les premières monnaies de l’Empire Ottoman (2) étaient des Akchés frappés à Bursa (Brousse) peu après la conquête de la ville, sous le règne du Sultan Orhan (1324 AD) fils d’Osman (3). Les pièces en cuivre (Mangir) n’apparaitront que 38 ans plus tard, en 1362, sous le règne de Murad I.

L’Akché a été frappé dans tous les territoires conquis par l’Empire Ottoman, dès lors qu’ils avaient quelque importance stratégique ou économique, à l’exception notable de l’île de Rhodes, de l’Iran, de l’Arménie et de la Hongrie. Cependant, dans la partie arabe de l’empire, nous ne trouvons que peu d’Akchés (Egypte, Syrie, Irak), et une seule frappe au Liban et à Tunis. L’Akché est absent du reste du Maghreb, de la péninsule arabique et des colonies d’Afrique. Cette pièce était trop petite, trop légère, trop insignifiante pour faire le poids dans le monde arabe habitué à des monnaies d’argent plus substantielles : « Sahis », « Medinos », Dirhems et leurs multiples.

Unique comme le sultan

Pour les Turcs, comme il n’y a qu’un Dieu, il n’y a qu’un Sultan et qu’un Akché (4). Il sera unique et sans multiples. Monnaie de compte de l’Empire à partir de 1325 AD, elle le restera pendant plus de quatre siècles. Témoin privilégié et constant de l’histoire, les Akchés seront repris par le trésor à chaque changement de règne et fondus, afin de faire disparaître le nom du prédécesseur en tant que Sultan et mettre immédiatement en circulation des Akchés à l’effigie du nouveau et seul Sultan. Cette règle, poussée à l’extrême, a même permis au Grand Vizir de faire frapper des Akchés posthumes afin de garder secrète la mort du Sultan Mehmet II, pendant le temps nécessaire pour faire venir son successeur à Constantinople. Beyazit, aidé par le chef des Janissaires fut le plus rapide, au détriment de son frère et rival Jem, qui à l’issue d’une bataille perdue devant Yenichehir ne sauva sa tête qu’en embarquant à Bodrum sur un navire des chevaliers de Rhodes. Son exil le conduisit à Nice, puis sous la distante protection du Roi de France au Puy, enfin auprès de la cour papale à Rome et Naples où il mourut (empoisonné ?), oublié de l’histoire. Les Akchés frappés lors de son court séjour à Bursa sont parmi les plus rares que l’on connaisse, une quarantaine tout au plus. Il y a tout lieu de croire que Beyazit II, son rival plus chanceux, se soit empressé de récupérer et faire détruire tout Akché frappé au nom du Sultan Jem, comme pour occulter son existence même, et toute prétention au titre. « Il n’y a qu’un Sultan ! ».

Une beauté austère

L’Akché, contrairement aux pièces en cuivre, de moindre valeur, ne sera jamais iconographique.

Akché de Murad I

Akché de Murad I

Il portera à l’avers le nom des quatre premiers califes, bientôt remplacés par une affirmation de foi musulmane (Kalima). Une face sera frappée du nom du Sultan régnant et de sa filiation, ou bien du sceau du Sultan, assemblage esthétique stylisé etsymbolique, la Tughra, qui apparaît déjà à l’avers chez l’Emir Suleyman (1402-1411-AD), et sous Murad II (1446-451-AD). On y trouvera la date d’avènement du règne dès Beyazit I (1389 AD), et parfois l’indication de la décennie du règne sous la forme de cercles concentriques ou de traits parallèles, puis l’atelier à partir de Mehmet II (1444 AD) ainsi que des différents de graveurs, d’ateliers ou de contrôle (points) dont la signification n’est pas complètement élucidée. Les ornements sont généralement discrets (grènetis, nœuds de félicité, carrés, cercles, octogones, cartouches, pointes de flèches, étoiles). Nous les trouverons indépendamment sur l’une ou l’autre face.

Quelques frappes exceptionnelles

Le dessin des Akchés évoluera sensiblement d’un règne à l’autre et aussi pendant un même règne, particulièrement avec Suleyman le Magnifique, lors d’émissions spécifiques (5) au financement d’un grand projet, ou d’un évènement de prestige : mariage du Grand Vizir avec sa soeur (1530 AD), transfert du prince Mustafa (1541 AD) à Amasya, financement de la mosquée Suleymanye (1556 et 57 AD)… Les modifications du dessin au cours d’un même règne s’inscrivent généralement dans un programme de contrôle et de gestion des quantités émises. Plus étranges sont les Akchés frappés dans des villes jouissant d’une partielle autonomie. Leurs coins reflètent une spécificité locale : leur gravure est plus frustre et pas tout à fait conforme aux critères définis par l’autorité centrale. Des raisons politiques ont permis ces différences de style dans le Sud et Sud-Est de l’Empire (Larende, Harput, Ruha, Van, Amid, Mardin, Müküs). A ces exceptions près, les coins étaient toujours gravés sous l’autorité centrale du grand Vizir (6), et ensuite transportés vers les différents ateliers avec des instructions précises quant aux quantités à frapper.

Akché de Mehmet II

Akché de Mehmet II

La production des pièces de cuivre était par contre affermée, selon les termes de contrats payables en Akches ! Le personnel qui produisait les Akchés restait sous le strict contrôle de l’administration, sauf pour des ateliers lointains cités plus haut, ou lors de besoins supplémentaires exceptionnels, (campagne de Rhodes). Les quantités à produire étaient considérables, elles impliquaient un contrôle administratif rigoureux, des différents codifiés et une multiplicité d’ateliers afin de fournir la paye de l’armée, des fonctionnaires et des ouvriers (7) sans avoir à transporter d’importantes quantités d’Akchés sur de longues distances. Le Grand Vizir, au temps de Suleyman, contrôlait 35 ateliers frappant des Akchés, certains permanents, d’autres ouverts ou fermés selon les besoins et les aléas des campagnes militaires, ou le contexte politique du moment, voire selon l’intérêt ou non de donner à une ville ou à une région une notoriété, une reconnaissance locale ou ethnique. Ou encore pour réaffirmer l’autorité du Sultan, comme après le bombardement de l’île de Chios (1681 AD) par la flotte de l’amiral Duquesne !

L’argent a fait son bonheur

Combien pesait l’Akché à sa naissance ? A ce jour il n’a pas été retrouvé de document écrit qui en atteste, mais selon toute vraisemblance le nouveau né aurait pesé 6 ½ carat (soit 1g248, sur la base de 0g192 pour 1 carat) (8), ou selon d’autres auteurs, 6 carats de 0g2004 soit 1g2024. Le débat n’est pas clos ! C’était une pièce certes petite, mais néanmoins d’un poids non négligeable et qui plus est, en bel argent, alors que les pièces d’une moindre valeur monétaire étaient à cette époque à base de cuivre. L’Akché était de ce fait crédible, il allait s’imposer.

Quelques 150 années plus tard, une règle édictée par le Sultan Mehmet II, le vainqueur de Constantinople, dictait à l’atelier de Siroz de frapper 400 Akchés avec 100 Dirhems (9), ce qui laisse supposer que la matière première ne venait pas encore de l’exploitation de mines d’argent (10), mais essentiellement des droits, péages, rançons et autres taxes payés au Sultan en Dirhems. L’Akché ne pèse déjà plus que 4 carats (0g77), il subira 5 ajustements durant le seul règne de Mehmet II, pour n’être guère plus que son fantôme 450 ans après sa naissance, à peine 1 carat !

Vraies ou fausses ?

Les dévaluations ont été « monnaie courante », mais le titre (11) au fil des siècles n’a que peu varié jusqu’à la fin du règne de Suleyman, se situant à quelques exceptions près au dessus de 900/1000. Cependant si l’on trouve des pièces de bas titre (et mauvais poids), il semble que ce soit le plus souvent des pièces de faux monnayage, dont Gênes n’avait pas le monopole !

Akché de Suleyman, daté 920 AH au lieu de 926 AH

Akché de Suleyman, daté 920 AH au lieu de 926 AH

Leur relative abondance après Suleyman, résulterait de ce qu’elles n’ont pas été rapportées et reprises par le trésor, et pour cause, alors que la grande majorité des « bonnes » pièces ont été échangées et refondues.

Les « fautés » sont ils des faux ou de bons Akchés ? Les deux mon Grand Vizir. Devant le nombre considérable de coins que devait très rapidement produire l’atelier central de Constantinople lors des changements de règne, il est certain que des graveurs distraits ou débutants ont dû laisser glisser leurs burins… Certains, issus du « devshirmé » (12) ne savaient probablement pas lire ou écrire la langue arabe, et ont manqué des coins comme de mauvais copieurs, faux monnayeurs génois ou autres. Le contrôle des chefs d’ateliers a certainement laissé passer quelques erreurs de gravure, ne serait-ce que par la nécessitée de répondre à la demande. Les faux étrangers sont cependant assez facilement discernables de part leur poids, la qualité du métal, l’esthétisme de la gravure, et les fautes éventuelles d’écriture.

Une monnaie populaire

Le système économique de l’Empire fonctionnera jusqu’à la fin du 18° siècle avec une armée puissante et bien équipée, des fonctionnaires nombreux, généralement efficaces et bien formés. Les traités entre vassaux, rivaux, alliés éphémères, les rançons, cautions, droits imposés au passage des frontières (à l’entrée comme à la sortie) et autres courtoisies obligées, se réglaient en argent, et le plus souvent en or, ducats de Venise, de Gênes ou d’ailleurs, dès lors que les montants étaient élevés. L’empire Ottoman produisait peu. Les denrées agricoles et manufacturées étaient essentiellement destinées à la consommation interne, presque rien n’était exporté, mais beaucoup était importé selon les besoins de l’Empire en matières premières, produits semi-finis et de luxe, achetés auprès de commerçants étrangers et payés en or ou en une monnaie d’argent ayant cours dans les pays d’origine. La richesse de l’Empire ne reposait que sur ses conquêtes, et sur les routes de l’Orient qui allaient aussi – et bientôt – devenir de lointains mirages.

Les très hauts fonctionnaires seront payés en « Sultani » (l’équivalent du ducat) dont les premières frappes sont datées 882 AH soit 1477 AD. Ceux-là mis à part, il y avait une myriade d’officiers de tous rangs, soldats, employés de la Porte, préposés aux douanes, religieux, ouvriers, artisans, administratifs de tout poil et autres… Tout ce monde, il fallait le payer en Akchés, ainsi que les dépenses quotidiennes d’un Empire qui s’est étendu de l’Adriatique au Nord de l’Iran, des murs de Vienne à l’Egypte jusqu’au Soudan et les trois quarts du littoral maghrébin !

Akché "mécanique" d'Ahmed III

Akché d'Ahmed III

En conclusion

L’Akché fut le « sous », le « penny » le « kopeck » des turcs. Il a payé le soldat, le fonctionnaire, le religieux, l’ouvrier, qui à son tour payait son pain, les impôts et le mouton lors des fêtes. Il a porté le nom et le sceau du Sultan à travers l’Empire, s’est retrouvé épinglé sur la brassière du nouveau né, la veste du garçon circoncis devenu homme, le collier et le voile de la mariée. Témoin de la vie de chacun, accompagnant l’histoire des peuples conquis, soumis ou rebelles, témoin des victoires, des défaites, de la grandeur et de la décadence. Ainsi a vécu l’Akché, jusqu’au début du 19° siècle, lorsque amaigri, désuet, mais encore monnaie de compte de l’Empire, il a cédé la préséance à des Kurus, Paras et autres Gumus, qui n’ont jamais eu ni son prestige, ni son aura…

Gwennolé Dorange

Novembre 2009

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Notes

(1) Des petites pièces d’argent frappées, au Nord et Nord-Est de l’Anatolie, par les Eretnides, Isfendiarides, Sarukhanides, Ak Qoyunlu, ou Beyliks, comptemporains des premiers sultans ottomans, sont parfois qualifiées à tort d’Akchés. En fait ce sont souvent des dirhems, multiples ou fractions de dirhems, comme il ressort de l’étude de leur poids, de l’époque de frappe et de l’atelier. Ainsi une pièce récemment proposée sur le marché était qualifiée d’Akché Eretnide ; elle pesait 1g78, et était datée 743 AH, donc postérieure aux premiers Akchés ottomans (727 AH). Il n’est pas pensable que les Eretnides aient mis sensiblement plus d’argent (1g78 au lieu de 1g248) pour une pièce de même valeur faciale. Cette « assimilation » n’est pas rare, elle résulte de ce que l’Akché s’est vite fait un « nom », à une époque ou le pouvoir ottoman n’en était encore qu’à ses débuts, entouré de nombreux émirs et beys tantôt alliés, tantôt rivaux, plusieurs d’entre eux frappant monnaie. De fait, excepté chez les ottomans, l’on ne se souciait pas toujours de donner un nom aux différentes pièces en argent, elles s’échangeaient souvent sur la seule base de leur poids. Les auteurs turcs : Yilmaz Izmirlier, Celil Ender, Cüneyt Ölçer, Ibrahim et Cevriye Artuk, qualifient toutes ces pièces d’origine “Beylik” du nom générique de « Gumus », autrement dit -pièce en argent. Leur poids est très variable (de 1g80 à 0g55). Mitchiner englobe ces pièces Eretnides, d’un poids variable entre 1 et 2 grammes, sous le vocable générique de « Dirhem », de même que celes Timurides d’environ 1g60, que Stephen Album qualifie d’Akché.

Par contre les Germiyanides ont effectivement frappé des Akchés à leurs noms, mais sous l’autorité des ottomans dont ils étaient devenus vassaux ; de même pendant un très court intervalle, lorsque le Sultan Orhan s’est allié aux voisins Saruhan et Karaman, contre les Byzantins (1359 AD). Il a été démontré que les coins ont été faits à Bursa par les Ottomans.

(2) Un document publié dans l’Encyclopédie Wikipedia sous la rubrique « Osman », indique que le fondateur de la dynastie ottomane aurait créé l’Akché et battu monnaie. Les chercheurs, universitaires et numismates s’accordent à dire, sous réserve d’une improbable nouvelle découverte, qu’aucune pièce de monnaie n’a été frappée sous l’autorité et au nom du Sultan Osman durant son règne (699 ? 724 AH).

Il existe plusieurs pièces portant le nom d’Osman fils d’Ertugrul, toutes faisant l’objet de débats et de sérieux doutes :

- celle citée par S. Sreckovic, qui serait en argent et peserait 6 ½ Karats,

- une pièce en cuivre (ou bronze) de 4g25 au musée archéologique d’Istanbul,

- une pièce similaire se trouverait dans les collections du Yapi Kredi à Istanbul,

- une pièce en argent de 0g72, également au musée archéologique d’Istanbul.

Ces pièces portent toutes la même légende, mais une légende qui ne s’accorde pas vraiment avec une pièce de monnaie de cette époque, d’où les doutes et polémiques concernant leur origine.

(3) Lors d’un colloque à Tübingen en 1988, Dr Ditrich Schnadelbach a soutenu le poids de 6 ½ carats pour les premiers Akchés du Sultan Orhan. La norme de 13 carats pour un double dirhem, donc 6 ½ pour un dirhem, a existé chez les Ilkhanides vers 723 AH. Et c’est sur cette base qu’il est démontré que les Akchés au nom d’Osman est en fait postérieurs au règne du premier Sultan ottoman

(4) Le Dictionnaire de Numismatique cite des pièces de 2, de 5 et10 Akchés frappées sous les Sultans Orhan, Mehmet II, Mustafa I et Osman II. En fait, l’Akché n’a jamais eu de multiple. Il n’y a qu’un Sultan et qu’un Akché, et ce n’est qu’à partir de 1117 AH qu’apparaissent de nouvelles dénominations : Kurush et Para, frappées d’abord à Istanbul, en parallèle avec les Médinos du Moyen-Orient ottoman.

(5) Lors de la construction de la mosquée Suleymaniye, vers 1550 AD, le Ducat de Venise, comme le Sultani turc (3g45 d’or), valait entre 84 et 85 Akchés.

(6) Le « Deferdar », chef comptable, enregistrait recettes et dépenses de l’Empire, mais n’était pas responsable des ateliers, ni de l’émission de la monnaie. Ce rôle incombait au Grand Vizir. Les ateliers de gravure, responsables du dessin et de la réalisation des coins, se sont déplacés avec les capitales de l’Empire, successivement Bursa, Edirne, Constantinople.

(7) Au début du 18° siècle, le salaire d’un ouvrier à Istanbul était de 24 Akchés par jour, celui d’un soldat de 170 Akchés par semaine.

(8) le carat pesait 0g2004 selon diverses références, mais seulement 0g192 d’après des évaluations et calculs basés sur des documents datant du début de l’époque musulmane et 1g189 chez les romains et à Byzance. Le poids attribué au Dirhem, issu de la Drachme, a aussi considérablement varié (de 4g15 à 1g25 en 1324 AD), de même que le Mithkal. En la matière il n’y avait pas deux poids et deux mesures… mais une multitude !

Contrairement à la légende qui voudrait que la graine de Caroube ait un poids rigoureusement constant, l’on constate des fluctuations presque aussi importantes qu’avec d’autres graines (de l’ordre de 25 % !). En 1907 une convention internationale a défini le « carat métrique » et lui a attribué la masse immuable de 0g20. Cette norme s’est rapidement imposée dans le monde ; c’est commode mais tellement moins poétique !

(9) Très logiquement les Akchés ont été frappés en concordance avec la monnaie la plus connue et reconnue dans les territoires Mongols Ilkhanides de l’époque : le Dirhem de Tabriz, sur la base de 24 carats = 1 Mithkal = 1,5 Dirhems, abaissé à 12 carats puis à 10 carats pour 1 Dirhem, entre 696 et 724 AH, date à laquelle apparaît un nouveau standard de 6 ½ carats pour 1 Dirhem.

(10) Le même document impose un contrôle très rigoureux de la pureté de l’argent, avant la fabrication des Akchés.

(11) Dans le Dictionnaire de Numismatique, nous lisons que l’aloi des Akchés passa entre 1623 et 1687, de 700/1000 à seulement 500/1000. Ceci ne correspond pas aux résultats de l’étude publiée en 2007 par Necdet Kabaklarli qui conclut à un aloi de 960/1000 en 1640 et de 845/1000 à 950/1000 entre 1648 et 1687. Par contre il est patent que l’aloi variait sensiblement d’un atelier à un autre selon la qualité de l’approvisionnement en métal. Et il a rapidement baissé vers la fin du 17° siècle, entrainé par les difficultés économiques de l’Empire, mais également par la pratique des marchands étrangers qui ont inondé le marché de mauvaise et fausse monnaie, peut être même avec la complicité de fonctionnaires turcs. Gênes n’avait pas le monopole de cette pratique désastreuse qui a largement contribué à l’affaiblissement de l’Empire.

(12) « Devshirmé » : il s’agit d’une pratique ottomane qui consiste à prélever tous les 3 ou 7 ans dans les foyers chrétiens des Balkans, mille à trois mille enfants âgés de 7 à 20 ans, les élever, éduquer et former à des tâches militaires ou administratives, les convertir à l’Islam et en faire des fonctionnaires ou soldats de tous rangs selon leurs aptitudes. Certains ont accédé à de très hautes fonctions, comme le grand Vizir Ibrahim Pacha ou le très célèbre architecte Sinan. Il est juste de dire que beaucoup de familles pauvres des Balkans souhaitaient que leur fils soit « prélevé »’ par le « devshirmé », leur avenir était ainsi assuré…

(13) Des historiens de langue française ont parfois voulu traduire le mot turc « Akché » par le mot français « Aspre ». Ce n’est pas correct, l’Akché est l’Akché, il ne se traduit pas et ne doit pas être confondu avec l’Aspre.

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Documents et Référence

En français :

La vie quotidienne à Istanbul, Robert Mantran

Histoire de l’Empire ottoman, Robert Mantran

Dictionnaire de Numismatique, sous la direction de Michel Amandry

En anglais ou en turc :

The Islamic Coins and Numismatic, Dr Nasr-Eddin M. SLEH FARFOUR

Journal of the Islamic Coin Group, As Sikka

A Monetary History of the Ottoman Empire, Pamuk Sevket

The Unit of Measurement and Scale of Ottoman Coins, Necdet Kabaklarli

Cheklist of Islamic Coins, Stephen Album

Osmanli Paralarinda, Ölçü Ve Ayar

Akches . Vol I, II, III, IV, V, Slobodan Sreckovic

Osmanlilarda Madeni Paralar, Nuri Pere

Karaman Ogullari Beyligi, Cüneyt Ölçer

The World Of Islam, M. Mitchiner

Coins of the Ottoman Empire, Jem Sultan

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Galerie Photos

ORHAN (1323 AD) 1g18, diamètre 18-20 mm.

L’un des premiers Akchés au nom d’ORHAN encore vassal des Ilkhanides. Il aura à payer un tribut aux Ilkhanides pendant au moins les 27 premières années de son règne. Le nom du calife Al Mustansir est au droit.

Seuls les tout premiers Akchés, après la capitulation de Bursa, portent le nom de l’atelier.

ORHAN (1323 AD) 1g18, diamètre 17mm.

Orhan est maintenant indépendant. Il porte le titre de Sultan.

Akché probablement postérieur à 1350 AD.

MURAD I (1362 AD) 1g08, diamètre 16mm.

Les 2 lignes horizontales sont pour indiquer la seconde décennie du règne, soit 1372 AD.


BEYAZIT I (1389 AD) 1g12, diamètre 13mm.

Pièce fautée : l’année se lit 697 au lieu de 792 AH. Probablement le travail d’un graveur issu du «devshirmé», qui aurait appris que l’arabe s’écrit de droite à gauche et croyait qu’il en était de même pour les nombres, ou confusion due à l’usage d’un miroir de graveur, ou les deux ?

Les 3 points en dessous de la date sont spécifiques à l’atelier de Bursa.

MEHMET II (1481 AD) 0g70, diamètre 10-11 mm.

Akché posthume frappé avec la date 886 AH à Üsküb (Macédoine), alors que le Sultan Mehmet II est mort fin 885 AH.

SULEYMAN I (1519 AD) 0g72, diamètre 12-13 mm.

Erreur de date : 920 au lieu de 926 AH, frappé à Novar (Kosovo).

IBRAHIM I (1639 AD) 0g28, diamètre 11-13 mm, frappé à Amid (Diarbakir).

Dessin non conventionnel, influencé par les Dirhems de production locale et de Bagdad.

MEHMET IV (1648 AD) 0g26, diamètre 9 mm, frappé à Constantinople.

L’Akché pèse à peine plus d’un carat, il est devenu insignifiant et très médiocre d’aspect.

AHMED III (1703 AD) 0g16, diamètre 9 mm, pesant moins d’un carat.

Production mécanique de belle qualité à Constantinople, dernier sursaut avant que l’Akché ne disparaisse, mais avec panache ! Les premiers Akchés mécaniques ont été produits sous le règne de Suleyman II (1687-1691 AD)

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Depuis leur création sous le caliphe Abd-el-Malik, les monnaies arabes d’argent ou d’or portent la date de leur frappe. Mais, par ailleurs, ces monnaies ne citent pas le nom du caliphe régnant : le millésime est l’un des éléments clé pour l’identification. Seule petite difficulté : la date est indiquée en toutes lettres…

Ou la trouver et comment la reconnaître ?

1 – Savoir reconnaître où est la date

Prenons l’exemple d’un dirhem abbasside :

image extraite de "Monnaies de l'Islam et du Proche-Orient", collection Monnaie de Paris

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La légende qui nous intéresse est la légende circulaire autour de ce motif central (NB pour les dinars, la légende contenant la date est de l’autre côté).

Elle commence à l’endroit de la flèche du haut et se lit dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Il faut garder en mémoire que l’arabe se lit de droite à gauche !

Le mot important à repérer est celui signalé par la flèche du bas : “sanat” c’est à dire “année”. Ensuite vient le chiffre des unités, puis celui des dizaines et enfin des centaines. Chaque chiffre est séparé par le mot “wa” : “et”.

Ici nous avons, mot à mot : année 3 et 60 et 100, c’est à dire 163 AH ou 163 de l’Hégire.

2 – Identifier la date

Voici le tableau des différentes années, en caratères coufiques, avec un exemple repris sur des dirhems :

Notez que pour les chiffres de 11 à 19, il n’y a pas de “wa” séparatif.

Année
et
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10 photo à venir
1X photo à venir
20
30 photo à venir
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Les arabes fondèrent au 7° siècle après JC un système nouveau et cohérent en fusionnant les monnayages byzantins et perses sassanides. Ces monnaies, d’une qualité remarquable, irriguèrent le commerce du Moyen Orient jusque vers l’Espagne et l’Inde. Le plus étonnant de cette aventure c’est que les types définis perdurèrent, à peine inchangés, pendant plusieurs siècles !

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A l’époque de Mahomet, au début du 7° siècle, les Arabes ne possédaient pas de monnaies propres. Sans doute n’en avaient-ils pas besoin : pour les tribus nomades dont le chameau était le principal étalon de richesse, le troc était certainement le moyen d’échange le plus répandu. Dans les villes marchandes comme La Mecque ou Médine, les espèces étrangères – or byzantin ou argent Perse – pouvaient servir aux transactions importantes.

Entre 636 et 655, les premières conquêtes à l’ouest, arrachèrent aux Byzantins la Syrie, la Palestine et L’Egypte et à l’est anéantirent l’empire des Perses sassanides. Elles apportèrent d’énormes masses de métaux précieux : butins constitués de vaisselle, de vases ou de trésors en espèces. Mais la création d’une monnaie nouvelle n’avait aucun caractère d’urgence au regard du but suprême : la guerre sainte.

1/2 dirhem Tabaristan

Les nouveaux maîtres musulmans s’accommodèrent fort bien dues systèmes préexistants dans les régions conquises. Ils les reprirent à leur compte, en les modifiant à peine :

  • En Orient, ils continuèrent à frapper de minces drachmes d’argent à l’effigie du défunt empereur sassanide Khosro (Chosroes) II. Ils se limitèrent à ajouter dans la marge l’inscription «Bismillah» c’est-à-dire au nom d’Allah.
  • Sur les bords de la Méditerranée, ils conservèrent au solidus d’or et au follis de bronze leur type d’origine: le portrait en buste ou en pied des empereurs de Constantinople, Héraclius et ses fils ou Constant II. Ils les accompagnèrent parfois d’une légende en arabe et supprimèrent les croix, symboles chrétiens largement représentés sur les monnaies byzantines.

L’avènement de la dynastie des Omeyyades en 661 marque le début d’une véritable administration de l’empire. Dans le domaine monétaire, une première évolution vers des thèmes proprement musulmans se fit sentir en Syrie et en Palestine sous l’influence du calife Abd-el-Malik (685-705). A Damas, Edesse ou Jérusalem furent émises des pièces de bronze représentant le calife debout, tenant son épée, entouré d’une légende totalement en arabe.

La réforme fondatrice

En 696 (année 77 de l’Hégire), Abd-el-Malik instaura dans tout l’empire un système monétaire cohérent qui répondait aux nécessités économiques aussi bien nationales qu’internationales.

Dirhem Omeyyade 95 AH

Dirhem Omeyyade 95 AH

Pour les transactions importantes et le grand commerce, on utilisera désormais un dinar d’or pesant 4,3 g ; pour le paiement des salaires et des impôts, ce sera un dirhem d’argent d’un poids de 2,8 g, tandis que le fels de bronze servira aux achats quotidiens.

Le rapport de ces trois espèces entre elles n’était pas fixe : il évoluait suivant le prix des différents métaux. A l’origine, le dinar valait 10 dirhems, mais il s’apprécia jusqu’à 14 et même 20 dirhems selon les époques. Le dirhem lui-même fluctua entre 16 et 24 fels car, après la période omeyyade, son poids a varié selon les régions.

La définition de ces nouvelles espèces était dans le droit fil des monnaies étrangères utilisées jusqu’alors. Le dinar, héritier – et concurrent – du solidus byzantin tenait son nom du denarius [aureus] latin. Le dirhem reprenait l’aspect et la dénomination de la drachme perse et le fels (au pluriel foulous) venait, lui directement du follis byzantin.

En revanche, l’iconographie et les légendes de ce monnayage étaient tout à fait révolutionnaires : plus d’allégories, plus de titres à la gloire du prince régnant, plus de portraits ! Ces monnaies étaient islamiques et devaient participer exclusivement de la louange de Dieu, le nom du caliphe lui-même en était absent. Et puisque la représentation des formes humaines et animales avait été désapprouvée par le Prophète, elles ne porteront que du texte : des professions de foi calligraphiées dans une élégante écriture coufique.

Ce système rompait avec la tradition monétaire du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, qui était à la fois figurative et personnelle (portrait du prince ou emblème de la Cité. Il allait pourtant connaître une longévité étonnante puisque les dernières monnaies qui reprirent ces légendes furent émises au Yémen dans les années 1960 ! Singulière modernité de ce système : aucun Etat souverain n’avait jusqu’alors défini son numéraire de façon aussi explicite. Les Arabes ont été les premiers à indiquer à la fois le nom de leurs espèces, l’atelier et le millésime (exprimé en années de l’Hégire). En Occident, l’habitude de dater les monnaies ne se généralisera qu’à partir du 15° siècle…

La fin de l’unité

Alors que les dinars étaient exclusivement frappés dans la capitale omeyyade, Damas, les dirhems étaient émis dans de nombreuses grandes villes de l’empire. Les ateliers les plus actifs étaient à Damas bien sûr, mais aussi à Wasit, cité fondée en 703 dans la vallée du Tigre. La dispersion de ces ateliers permet de mesurer l’immensité de l’empire : de l’Espagne (Cordoue) à la Tunisie, de l’Azerbaïdjan à l’Afghanistan (Balkh) et au Pakistan (région du Sind).

dirhem Seljouks de Rum

dirhem Seljouks de Rum

Les Abbassides renversèrent les omeyyades e 750 et l’expansion du commerce aux 8 et 9° siècles développa l’usage de la monnaie. Bagdad, la nouvelle capitale fondée en 762, drainait une large part des richesses de l’empire. Elle devint rapidement un centre économique de tout premier plan et un atelier important pour la frappe de l’or et de l’argent. Quant aux types monétaires, ils continuèrent de suivre ceux de la dynastie précédente, en mentionnant toutefois le nom du calife auquel s’ajoute de temps à autre celui de l’héritier ou du gouverneur de la province. Le style calligraphique et l’apparence des monnaies se personnalisèrent selon les régions, au fur et à mesure que s’affirmaient les dynasties locales dans les provinces d’Espagne, d’Afrique du Nord pu de l’Iran oriental.

En 945, la rébellion bouyide sonna le glas du pouvoir central abbasside. Ce fut également la fin d’une monnaie commune au monde musulman. Si les termes de dinar et de dirhem évoquaient encore des pièces d’or et d’argent, la diversité des poids et des teneurs en métal précieux, ainsi que l’agencement des légendes devinrent le reflet des ambitions et des moyens financiers de chaque dynastie. Principale exception en ces temps troublés, l’Egypte des Fatimides (969-1171) était un pays prospère. Contrôlant les débouchés de l’or soudanais et occupant une situation stratégique sur les grandes voies commerciales, elle poursuivit longtemps la frappe de bons dinars.

Au 13° siècle, les invasions mongoles qui ravagèrent tout l’Orient musulman – Bagdad fut mise à sac en 1258 et le dernier calife abbasside exécuté – balayèrent les ultimes survivances du système conçu par Abd-el-Malik. Chaque pays eu alors sa propre politique monétaire et définit et nomma son numéraire.

Il faudra attendre l’empire ottoman pour connaître à nouveau un monnayage de grande diffusion. Ce fut à l’origine une aspre d’argent (de 1,2 g puis de 0,8 g) complétée en 1478 par un sultanin d’or. Cependant le système turc ne fit pas preuve de la même stabilité que celui des Omeyyades. Mis à mal dès le16° siècle par l’arrivée massive l’argent des mines espagnoles d’Amérique du Sud, il fut remanié plusieurs fois avant d’être réformé en 1688. Les types monétaires renouèrent avec la tradition antique des monnaies personnelles. Bien que non figuratifs, ils étaient tout à la gloire du sultan et portaient le plus souvent son « sceau » (la toughra).

Au fil du temps, dans l’ensemble du monde islamique se formèrent des monnaies strictement nationales qui oublièrent l’époque où la monnaie était appelée à participer à la seule célébration de Dieu.

Ottmans 1/2 zolota Constantinople

Ottmans 1/2 zolota Constantinople

Article paru dans le Courrier de l’Unesco de janvier 1990 et légèrement remanié par l’auteur.

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A lire sur le sujet

La plupart de la littérature sur les monnaies islamique est en anglais.

Pour une histoire détaillée de ce monnayage, je conseille :

« A Handbook of ISLAMIC COINS » par Michael Broome

Editions SPINK à Londres, réimpression 2006

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