Au 17° siècle, l’économie européenne est fondée sur l’utilisation de monnaies métalliques, principalement en or et en argent. Quelques pionniers comme la Suède puis l’Angleterre commencent à utiliser de la monnaie papier, très ancienne invention chinoise, qui présente l’avantage d’être facile à transporter.

Billet de 100 Livres du 1er juillet 1720

Banque Law billet de 100 Livres 1er janvier 1720

La France y a recours au tout début du 18° siècle, quand les caisses de l’Etat sont quasiment vides à cause des guerres successives de Louis XIV. Il s’agit tout d’abord de « billets de monoye [monnaie] », dont l’échange en numéraire devient rapidement de plus en plus théorique. Les billets qui n’ont pu être remboursés sont alors transformés en « billets d’Etat », sous la Régence. Ces derniers sont finalement repris par la Banque Law qui vient d’être lancée. Le système de Law donne une ampleur nouvelle à la diffusion de billets de banque, notamment grâce à des petites coupures de 10 livres, bien pratiques pour le commerce. On connaît la fin de l’histoire : une banqueroute retentissante en 1720. Cette faillite est aussi celle de l’Etat, qui apure ainsi ses dettes à moindre frais. La situation financière du pays peut repartir sur de meilleures bases et l’on revient aux seules monnaies métalliques.

La question d’une monnaie fiduciaire reprend de l’actualité sous le règne de Louis XVI. Pour faciliter le commerce, Turgot crée en 1776 la « Caisse d’Escompte » à qui il donne le monopole de l’émission de billets. Elle en fait un usage modéré jusqu’en 1789, même si elle est de plus en plus sollicitée pour boucher les trous du budget…

Une naissance pleine d’intérêt

La Révolution éclate dans un contexte économique très difficile : la dette publique est impressionnante. Pour faire face à son remboursement, les biens du Clergé sont « nationalisés » le 2 novembre 1789. Voilà l’Etat à la tête d’un capital immense, mais qui va être long à négocier. Comment le rendre liquide rapidement ? Après des discussions passionnées émerge une solution : créer des bons à intérêt, gagés sur ce patrimoine national et que leurs porteurs pourront utiliser pour acheter ces biens. Ce sont les assignats, du verbe « assigner » qui veut dire : affecter un fonds au paiement d’une dette.

Leur acte de naissance officiel est un décret des 19 et 21 décembre 1789, dont voici les principaux extraits :

« Art 1 – Les billets de la Caisse d’Escompte continueront d’être reçus en paiement dans toutes les caisses publiques [...]

Art 2 – La Caisse d’Escompte fournira au Trésor Public, d’ici au 1er juillet prochain, 80 millions en ses billets.

Art 3 – Les 70 millions déposés par la Caisse d’Escompte au Trésor Royal en 1787 lui seront remboursés en annuités portant 5 % d’intérêts, et 3 % pour le remboursement en capital en vingt années.

Art 4 – Il sera donné à la Caisse d’Escompte, pour ses avances de l’année 1789 et des six premiers mois de 1790, 170 millions en assignats sur la Caisse de l’Extraordinaire [...]

Art 9 – Il sera formé une Caisse de l’Extraordinaire, dans laquelle seront versés les fonds provenant de la contribution patriotique, ceux des ventes qui seront ordonnées par le présent décret, et toutes les autres recettes extraordinaires de l’Etat. Les deniers de cette caisse seront destinés à payer les créances exigibles et arriérées, et à rembourser les capitaux de toutes dettes dont l’Assemblée Nationale aura décrété l’extinction.

Art 10 – Les domaines de la couronne, à l’exception des forêts et des maisons royales dont S.M. voudra se réserver la jouissance, seront mis en vente, ainsi qu’une quantité de domaines ecclésiastiques suffisante pour former ensemble la valeur de 400 millions.  [...]

Art 12 – Il sera créé sur la Caisse de l’Extraordinaire des assignats portant intérêt à 5 %, jusqu’à concurrence de la valeur desdits biens à vendre, lesquels assignats seront admis  de préférence dans l’achat desdits biens. Il sera éteint lesdits assignats, soit par lesdites ventes, soit par les rentrées de la contribution patriotique, et par toutes les autres recettes extraordinaires qui pourront avoir lieu, 120 millions en 1791, 100 millions en 1792, 80 millions en 1793, 80 millions en 1794, et le surplus en 1795. »

On voit clairement que l’Assemblée Constituante cherche à gagner du temps en étalant la dette. Elle emprunte à nouveau  en escomptant des recettes futures et affiche nettement son intention de procéder aux remboursements des assignats dès que possible.

En fait, très vite les assignats changent de nature. Par un décret du 17 avril 1790, leur taux d’intérêt est réduit à 3 % et surtout ils deviennent un instrument monétaire à part entière :

«[...] Art 3 – Les assignats créés par les décrets des 19 et 21 décembre 1789 auront cours de monnaie entre toutes personnes dans toute l’étendue du royaume, et seront reçus comme espèces sonnantes dans toutes les caisses publiques et particulières.

Art 4 – Au lieu de 5 % d’intérêt pour chaque année qui leur étaient attribués, il ne leur sera plus alloué que 3 % à compter du 15 avril de la présente année [...]

Art 5 – Les assignats seront depuis  1.000 livres jusqu’à 200 livres. L’intérêt se comptera par jour [...]

Art 6 – L’assignat vaudra chaque jour son principal, plus l’intérêt acquis, et on le prendra pour cette somme [...]

Art 11 – Les 400 millions d’assignats seront employés, premièrement, à l’échange des billets de la Caisse d’Escompte, jusqu’à concurrence des sommes qui lui sont dues par la Nation pour les billets qu’elle a remis au Trésor Public en vertus des décrets de l’Assemblée Nationale. Le surplus sera versé successivement au Trésor Public, tant pour éteindre les anticipations à leurs échéances que pour rapprocher d’un semestre les intérêts arriérés de la dette publique. [...] »

Ces assignats ne sont pas très pratiques. Tout d’abord ce sont des grosses coupures. Mais surtout leur valeur varie quotidiennement par l’ajout des intérêts. De plus, la méfiance commence à s’insinuer et les transactions se réalisent au prix d’une petite décote. Ainsi en août 1790, 100 livres d’assignats ne trouvent preneur qu’à 92 livres en numéraire. Pour combattre la réticence du public, comme de l’administration d’ailleurs, l’Assemblée décrète le cours forcé le 12 septembre 1790 : tous les assignats devront être acceptés pour leur valeur faciale, augmentée de l’intérêt journalier.

Des coupures plus faciles à utiliser

L’enveloppe initiale de 400 millions est bientôt très insuffisante. Dès le 29 septembre 1790, une nouvelle émission de 800 millions est décrétée, avec l’engagement solennel que ce total de 1.200 millions ne sera pas dépassé. A cette occasion l’intérêt des assignats est supprimé et l’on instaure des coupures plus petites, à partir de 50 livres. La diffusion des assignats est facilitée par ces mesures mais la défiance augmente. Les monnaies d’or, d’argent et même celles de bronze  disparaissent de la circulation. Il se pratique deux prix : l’un en assignat, l’autre en espèces. Seulement, personne ne veut payer en numéraire y compris les petites sommes. Les coupures de 50 livres sont encore trop grosses, le commerce est asphyxié.  Les transactions quotidiennes se maintiennent à coup d’expédients : monnaies et billets « de confiance » émis par des particuliers (comme les frères Monneron) ou des municipalités.

Pour faire face à cette situation, l’Assemblée décrète le 6 mai 1791 la fabrication d’assignats de 5 livres pour une valeur de 100 millions. Ce n’est pas une augmentation de la masse des assignats en circulation : il est sagement décidé que des assignats de 2.000 et 1.000 livres seront détruits pour un montant équivalent.  De nouvelles émissions de petites coupures : 25 livres, 10 livres et 5 livres ont lieu durant l’année 1791, mais cette fois-ci en plus des assignats déjà existants. Un nouvel effort est fait en janvier 1792 avec la création de coupures de 10, 15, 25 et 50 sous, destinées à  être échangées contre des assignats de valeurs plus importantes. A cette époque, le cours de 100 livres d’assignats est tombé à 77 livres en numéraire, soit une décote de 23 %. L’inquiétude monte, beaucoup d’émigrés sont partis, la crise du commerce est patente, la guerre couve…

Assignat de 2.000 F du 18 nivôse An III

Assignat de 2.000 F du 18 nivôse An III

Plus dure sera la chute…

La situation s’aggrave en 1792. Au cours des six premiers mois le cours tombe à 57 soit une nouvelle chute de 26 %, puis se redresse ensuite. Pour faire vite on ne numérote plus individuellement les assignats inférieurs à 5 livres : ils portent juste un numéro de série. Avec la guerre et l’invasion du territoire, les besoins financiers sont de plus en plus pressants. En octobre le montant maximum des assignats en circulation est augmenté à 2.400 millions. Du point de vue de leur aspect, les assignats évoluent avec l’arrestation du Roi et la création de la République. Ceux qui portaient « la face du tyran » sont remplacés par des assignats républicains, dont une magnifique coupure de 400 livres.

Les choses s’accélèrent dès le début de 1793 avec un plafond d’encours maximal porté à 3,1 milliards de livres en février. Les impôts rentrent de moins en moins, la spéculation s’étend partout. Le cours de 100 livres en  assignats tombe au plus bas de l’année à 22, en août.  Puis le crédit des assignats se redresse un peu, par la force, au moment de la Terreur.  Il faut dire que l’Etat ne lésine pas sur les moyens répressifs : peines de mort en cas de refus d’un paiement en assignats, loi du Maximum (encadrement des prix)… Parallèlement, les émissions d’assignats sont de moins en moins en rapport avec la valeur des biens nationaux sur lesquels ils sont garantis et que l’on peut estimer à 3 milliards environ. Quelques efforts sont faits pour réduire le volume des assignats en circulation, notamment par l’emprunt forcé pendant l’été 1793 ou la démonétisation des assignats royaux. Mais aussitôt après, de nouvelles émissions augmentent à nouveau la masse en circulation.

Celle-ci atteint ainsi 8 milliards de livres au début 1794. La répression se poursuit sur tous les fronts tandis que l’économie se délite complètement. La réaction thermidorienne et la fin de la Terreur apportent un soulagement général, mais l’inflation s’accélère. Les premiers assignats en Francs, désormais nouvelle unité monétaire de la République, sont décrétés le 18 nivôse An III (7 janvier 1795). Ils sont d’une valeur de 100, 750, 1000, 2000 et 10.000 F ! Leur valeur faciale témoigne bien de la dérive des prix. Le cours de 100 livres en assignats tombe à 18 en numéraire, soit une perte de 82 %…

Ce n’est hélas qu’un début, car le mouvement s’emballe : le cours passe à 3,20 en juin 1795 pour finir à 0,46 en janvier 1796, soit une chute abyssale de 99,5 %. Il faut dire que le plafond d’encours est alors passé à 42 milliards d’assignats !

Le Directoire essaie de sauver comme il peut la situation. Il fait solennellement détruire les « planches à billet » le 30 pluviôse an IV (19 février 1796) et prévoit le remplacement des assignats  par une nouvelle monnaie papier : le Mandat Territorial.  Dans l’attente de sa fabrication effective, on imprime hâtivement des « promesses de mandat ». Elles sont prévues à l’origine pour faire l’échange des assignats à raison de 30 en assignats contre 1 en promesse. Mais ces promesses de mandat perdent 99 % de leur valeur en moins d’un an. Le mandat territorial est mort avant même d’avoir été réellement mis en circulation !

Bordereau attestant du cours du mandat territoria

Bordereau attestant du cours du mandat territorial

Les assignats terminent ainsi leur vie misérablement, mais leur bilan n’est pas le même pour tous. S’ils ont entrainé une inflation affamant une grande partie de la population, ils ont été une source d’enrichissement extraordinaire pour quelques uns : tous ceux qui, comme les paysans aisés, produisaient des biens de première nécessité. Les prix de vente étaient astronomiques en papier monnaie mais ces mêmes assignats, acceptés avec forte décote, servaient ensuite à acheter des biens nationaux pour lesquels ils étaient comptés pour leur valeur faciale !…

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De nos jours, plus personne ne compte en sous. Cependant, dans les années 1930 et 40 encore, les gens utilisaient communément cette unité pour désigner soit leurs centimes (les « sous troués ») soit la pièce de 5 F (« une pièce de cent sous »).

Et aujourd’hui, le sou reste toujours présent dans de nombreuses expressions populaires : « être sans le sou », « propre comme un sou neuf », « un sou, c’est un sou »…

L’extraordinaire est que ce sou encore vivace dans nos mémoires a traversé des centaines d’années et est passé par tous les métaux monnayés, nobles : or puis argent, ou communs : billon, cuivre, nickel, et autres. Il est né à l’époque romaine d’une grave crise monétaire et a, en France, terminé sa carrière avec une autre crise, la guerre de 1940.

Origine romaine : le sou d’or

Solidus d'Honorius

Solidus d'Honorius

La fin du 2ème siècle et le début du 3ème est une période extrêmement troublée pour l’empire romain. Les nombreuses crises politiques, les révoltes militaires et les usurpations ont eu de graves conséquences sur l’économie, et la monnaie s’est considérablement dévaluée. Une première tentative de rétablissement sous Dioclétien (284-305) n’a eu qu’un effet éphémère, car la situation politique s’est rapidement dégradée après sa mort.

La vraie stabilisation du pouvoir intervient avec Constantin Ier (306-337) qui, tout en fondant une nouvelle dynastie, crée une nouvelle capitale (Constantinople) et réforme la monnaie. Ainsi, il instaure en 310 après JC un nouveau système qui a pour référence principale une pièce d’or fin pesant 1/72ème de livre romaine, soit 4,51 g.

Pour que la volonté d’un retour à une bonne monnaie soit clairement affichée « urbi et orbi », il est décidé de qualifier cette nouvelle monnaie de solide. Son nom officiel est « solidus aureus », mais le public retiendra essentiellement  « solidus » et plus tard le mot se contractera en français en « sol » ou sou. Au fil du temps, la fabrication du solidus est parfois complétée par des divisions : demi-sou (semissis) ou tiers de sou (tremissis ou triens).

Le solidus – et ses divisions – poursuit sa carrière dans l’empire byzantin, mais aussi dans les royaumes « barbares » établis après la chute l’empire romain d’occident. En effet, les rois Burgondes, Ostrogoths ou Wisigoths maintiennent une monnaie de qualité et reproduisent même fidèlement les types frappés par les empereurs de Byzance, tout en ajoutant parfois leur monogramme.

Pendant le Haut Moyen-Age

Dans le royaume des Francs, aux 5ème et 6ème siècle, la monnaie d’or est également émise localement aux types byzantins. Toutefois, si la teneur en métal précieux reste élevée dans un premier temps, le poids du sou est réduit puisqu’il en est frappé 84 dans une livre d’or. Et, bien entendu, le tiers de sous, de loin la monnaie la plus courante à cette époque, est réduit en proportion.

Mais au delà de cette évolution pondérale deux autres évènements majeurs sont à retenir. Le premier est la multiplicité des « institutions » émettant la monnaie, le deuxième est la dégradation de la monnaie d’or puis sa disparition pure et simple dans les échanges économiques.

Le pouvoir royal devenant de plus en plus faible, la création de la monnaie lui échappe de plus en plus. C’est ainsi qu’apparaissent des émissions au nom d’abbayes ou de simples particuliers fortunés (les « monétaires »). En fait, toute personne possédant de l’or s’arroge le droit d’émettre de la monnaie.

Cependant petit à petit, l’existence d’une monnaie d’or, fut-ce seulement un tiers de sou, devient de moins en moins nécessaire. Pour les échanges courants c’est une valeur trop importante. Quant aux échanges internationaux, ils sont devenus quasiment inexistants. C’est ainsi que l’on voit réapparaître le troc : les transactions de valeur moyenne se règlent en céréales ou en bétail, les transactions importantes (achats de domaines…)  en lingots ou en vaisselle précieuse. Tant et si bien qu’à la fin de la période mérovingienne, le sou n’a plus de réalité, il est devenu une monnaie de compte.

Gros de Saint-Louis

Avec l’avènement des Carolingiens renaît un pouvoir central fort, élément favorable à une bonne monnaie. C’est effectivement bien le cas, sauf que le système mis en place dans tout l’empire s’appuie sur le monnayage quasi exclusif de l’argent. La monnaie ainsi créée est le denier.

A cette occasion, on laisse de côté l’ancienne règle d’un sou d’or pour 40 deniers d’argent qui avait prévalu jusqu’au début du 7ème siècle et qui correspondait à la parité réelle entre les deux espèces. Il est institué un système de compte nouveau : 1 livre = 20 sous et 1 sou = 12 deniers. Cette réforme est capitale pour la suite de notre histoire monétaire puisque ce système instauré au cours du 8ème siècle perdurera jusqu’à la Révolution, c’est à dire jusqu’à l’apparition du Franc.

En réalité, a part quelques exceptionnelles monnaies d’or, il n’est frappé que des deniers ou des oboles (demi-deniers). Ainsi, quand on avait dans sa bourse 20 deniers, on pouvait dire qu’on possédait 1 sou, ou 1 livre si l’on détenait 240 deniers dans son coffre. Cependant, le sou ou la livre n’étaient pas représentés dans la circulation courante, ce sont des monnaies de compte.

Sous les premiers capétiens, oboles et deniers restent les seules espèces émises car l’économie est très autarcique et le métal rare. Mais les choses se complexifient : à la livre de Paris, ville centrale du domaine royal, s’ajoute la livre de Tours, lorsque Philippe Auguste annexe cette région au royaume. Ainsi, à côté de deniers « parisis » le roi fait frapper des deniers « tournois », avec une correspondance de 5 tournois pour 4 parisis.

Le  sou d’argent : grandeur et décadence

Le système monétaire s’enrichit grâce aux Croisades qui mettent en contact les francs avec des régions au numéraire abondant, notamment l’empire Byzantin et l’Egypte fatimide puis ayyoubide.  La réforme de Saint-Louis, dans le courant des années 1260, réintroduit en France l’usage de l’or. Elle instaure aussi une grosse monnaie d’argent ou « gros » valant 12 deniers tournois : le sou redevient une monnaie réelle. Cela est de courte durée car les difficultés financières de Philippe IV le Bel aboutissent à fixer au gros une valeur bien supérieure à son cours initial ; le sou retourne à son statut de monnaie de compte.

Assignat de 50 sols

Assignat de 50 sols

Il faut attendre le règne de Charles VIII pour revoir des pièces ayant cours pour 12 deniers tournois. Ce sont des monnaies d’assez bon argent et de bel aspect d’où leur nom de “blancs” par opposition aux petites monnaies de billon, qualifiées de “noires”. La Renaissance conservera l’habitude de frapper des sous, en abaissant toutefois leur poids. Ils portent alors le nom de “douzains”, terme explicite quant à leur cours. Charles IX innove en créant, à côté de ces douzains, un sol parisis (valant 15 deniers tournois) en 1564 et un double sol en 1568. A nouveau monnaie de compte et monnaie réelle se rejoignent, jusqu’au début du règne de Louis XIV. A cette époque, le sou n’est plus que l’ombre de lui-même : c’est une monnaie d’appoint en très mauvais alliage. La belle monnaie d’argent est représentée par l’écu et ses divisions. La dépréciation du sol est consacrée sous Louis XV qui en fait, à partir de 1719, une monnaie de cuivre. Et le dernier avatar du sou – en tant que tel – arrive avec la Révolution : il devient une monnaie de papier…

Le sou disparait dans les faits avec la création du Franc Germinal en 1803. Mais, le public conservera pendant plus d’un siècle et demi l’habitude de compter en sous : l’écu de 5 Francs, c’est une pièce de cent sous, 2 F = 40 sous, 1 F = 20 sous, 50 centimes = 10 sous, 10 centimes = 2 sous et 5 centimes = un sou (ou plus argotiquement « un rond »). Et c’est sous cette dénomination de 5 centimes que le sou entame sa chute finale : de cuivre jusqu’à la guerre de 1914, il passe dans les années 1920 et 1930 du cupro-nickel au maillechort avant d’être démonétisé en janvier 1941. Telle est la triste de fin d’une aventure qui a duré plus 1600 ans !

Un "rond" du Second Empire

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