Traditions numismatiques autour du mariage

Numismatique et mariage sont liés par tradition depuis le Moyen-Age. Il s’agissait à l’origine d’offrir à sa future quelques pièces d’or ou argent. Ces offrandes ont ensuite pris la forme de « deniers à épouser ». Puis vinrent des jetons frappés aux portraits ou aux armes des deux époux et enfin, au XIXème siècle, des médailles célébrant le mariage chrétien, qui pouvaient être personnalisées par une gravure manuelle.

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Jeton médiéval : VIVE AMANT VIVE AMOURS

Jeton médiéval : VIVE AMANT VIVE AMOURS

La source la plus synthétique sur le sujet est de Fontenay (cf. infra : bibliographie):

« L’usage des deniers matrimoniaux (arrha nuptialis) se trouve chez les Francs. Frédégaire rapporte au chapitre X, que les ambassadeurs envoyés à Gondebaud, roi des Bourguignons, dans le but d’obtenir la main de sa fille Clotilde pour leur roi Clovis, contractèrent une sorte de mariage par procuration en remettant un sou et un denier, selon l’usage des Francs.

Denier à épouser : QUOD DEUS CONIUXIT / HOMO NON SEPARET (ce que Dieu a uni, l'home ne peut le défaire)

Denier à épouser : QUOD DEUS CONIUXIT / HOMO NON SEPARET (ce que Dieu a uni, l'homme ne peut le défaire)

Le titre de la loi salique fixait trois sous et un denier pour ceux qui épousaient des veuves.

Les anciens rituels nous font connaître l’emploi des deniers de mariage. Tantôt c’était un certain nombre de pièces de monnaie courante, tantôt des pièces de fantaisie frappées exprès. D’autres fois, comme on le voit encore aujourd’hui [en 1854], on les remplaçait par une médaille commémorative.

Bientôt on eut l’idée, en cette occasion, de distribuer des jetons à ses amis et d’en répandre dans la foule. Avant d’en citer quelques exemples, on nous permettra de dire quel rôle les « arrhes » jouaient dans la cérémonie religieuse du mariage, et quel sens ils avaient.

Le prêtre, après avoir fait aux fiancés les questions d’usage, et donné à l’époux l’anneau nuptial qu’il passait au doigt de sa femme, lui remettait treize deniers que celui-ci déposait dans la main de son épouse, en disant : « de mes biens je vous doue [dote] ». […]

On connaît des petites pièces d’argent minces, sans revers, frappées par les abbés de St Martial (Limoges). Elles étaient distribuées au premier jour de l’an à tous les habitants du monastère de l’abbaye. Tantôt on y voit les armoiries de la ville de Limoges, à la bande d’azur semée de trois fleurs-de-lis d’or, et au chef barbu de son saint patron, avec les deux initiales de formes gothiques, sans légendes.

Les dernières ont été adoptées plus tard pour les treizains de mariage ; on en insérait treize dans la petite capsule d’argent ou de vermeil que le mari donnait à l’épouse après qu’elle avait été bénite par le prêtre consécrateur de l’union.[…]

Noces de Louis XIV et Marie-Thérèse à Saint Jean de Luz : une pluie d'or tombe sur la ville. NON LAETIOR ALTER (on ne saurait être plus heureux)

Noces de Louis XIV et Marie-Thérèse à Saint Jean de Luz : une pluie d'or tombe sur la ville. NON LAETIOR ALTER (on ne saurait être plus heureux)

On trouve de nombreux exemples de profusion [distribution de jetons à la foule] lorsqu’il s’agit de mariages royaux. Lorsqu’Henri IV épousa Marie de Médicis, fille deFrançois de Toscane, on sema en quelque sorte un jeton de faible module où les augustes époux sont représentés se donnant la main.

Les grandes familles suivaient parfois cet exemple, mais avec moins de largesse.[…] Les nouveaux annoblis par les charges saisissaient avec empressement l’occasion des noces pour produire leur blason à coté de celui de leur femme. […] »

A côté des deniers, médailles ou jetons célébrant les noces proprement dites, on trouve de charmants jetons « de galanterie » ou « d’amour ». Ils servaient au prétendant à déclarer sa passion. Leur iconographie fait largement appel aux amours ailés, cœurs enflammés… Cependant de Fontenay indique très prosaïquement qu’ils étaient frappés par les marchands étrangers, gênés par l’interdiction de 1672 d’exporter en France leur marchandise. Ils avaient trouvés là un sujet populaire que ne produisait pas les ateliers français et qu’ils introduisaient en fraude. Leur fabrication est soignée mais il est vrai que l’orthographe des légendes est souvent approximative !

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Bibliographie :

« Manuel de l’amateur de jetons » de FONTENAY, Paris 1854

« La numismatique du mariage » Henri TERISSE, auteur-éditeur 2008

Jeton "d'amour" JE NE PUIS BRULER ET ME TAIRE

Jeton "d'amour" : JE NE PUIS BRULER ET ME TAIRE